Arctique, Antarctique : les composés perfluorés sont partout !

Publié le 08.12.2009

Deux études sur ces polluants émergents viennent confirmer que les contaminants émis par les pays industrialisés peuvent se retrouver dans les sites les plus isolés de la planète, y compris les régions polaires.

Les composés perfluorés ou PFC sont des composés organiques dont la chaîne carbonée est totalement fluorée, c’est-à-dire où tous les atomes d’hydrogène liés aux atomes de carbone ont été remplacés par des atomes de fluor. Ils sont en majorité d’origine synthétique. Ils ont la propriété de repousser l’eau, les matières grasses et les poussières. On en trouve dans une multitude de produits qui vont des emballages alimentaires aux cosmétiques, en passant par les moquettes et certains vêtements où ils servent de traitement imperméable et antitache.

JPEG - 129.1 ko
Revêtement antiadhésif sur une poêle
Photo : James Jordan Certains droits réservés - Licence Creative Commons

L’un de ces composés, le PFOA ou acide perfluorooctanoïque, utilisé dans les poêles antiadhésives, a fait l’objet d’une polémique récente en France, suite à l’expertise de l’Agence de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). Les résultats rassurants obtenus ont été contestés par certains scientifiques. [1]

Un autre composé perfluoré « célèbre » est le PFOS ou sulfonate de perfluorooctane. Avant sa suppression progressive, on le trouvait dans les produits nettoyants et protecteurs destinés à être appliqués sur les tapis, les tissus et les chaussures ainsi que dans des mousses extinctrices anti-incendie.

Les PFC sont soupçonnés de se comporter comme des perturbateurs endocriniens, d’altérer les réponses immunitaires et de modifier les processus inflammatoires. De plus, en 2005, l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) a classé le PFOA “cancérogène possible” pour l’homme. Les PFC sont extrêmement résistants à la biodégradation, sans doute en raison de la grande solidité de la liaison carbone-fluor. De fait, plusieurs études publiées depuis 2001 ont révélé une omniprésence de ces composés dans la faune sauvage mondiale. Leurs propriétés physicochimiques font qu’ils ne s’accumulent pas dans les lipides comme les autres polluants organiques persistants, mais dans le sang et le foie.

JPEG - 19.6 ko
Manchots Adélie
Photo : Martha de Jong-Lanting Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Récemment, en Antarctique, une équipe de chercheurs américains, italiens et chiliens a montré pour la première fois la présence de PFCs chez des otaries à fourrure antarctique et des manchots Adélie. Les prélèvements ont eu lieu sur deux îles des Shetland du Sud, l’île du Roi George et l’île Livingstone. La détection de PFC (sur dix composés recherchés, quatre ont été détectés, dont le PFOA et le PFOS) dans les œufs de manchots et chez des bébés otaries suggère un transfert de la mère à la descendance.

Par ailleurs, en Arctique, des scientifiques canadiens ont mesuré la concentration de ces polluants dans des aliments traditionnels consommés par les Inuits au Nunavut (Canada). Les échantillons concernaient aussi bien des produits d’origine animale (caribou, phoque, morse, truite, canard, lièvre…) que végétale (algues, baies). Les composés perfluorés recherchés étaient au nombre de onze, seuls deux n’ont pas été retrouvés. Le PFNA (acide perfluorononanoïque) et le PFOS sont les plus fréquents. La viande de caribou, la chair de l’omble arctique et du beluga contribuent principalement à l’exposition alimentaire des Inuits, l’organe comestible le plus contaminé étant le foie. La viande de l’ours polaire, bien que rarement présente dans leur nourriture, s’est avérée fortement polluée ! Les risques sanitaires associés à cette consommation ne sont pas alarmants actuellement, les concentrations détectées étant inférieures aux seuils toxiques mesurés sur les animaux de laboratoire. Toutefois, il convient de rester vigilant car les taux de composés perfluorés continuent d’augmenter en Arctique. Toutes ces publications, récentes et plus anciennes, ont le mérite d’alerter sur les dangers de la production industrielle de ces polluants persistants. Quand le principal fabriquant de PFOS a été averti de ses propriétés toxiques en 2001, il a progressivement cessé de l’utiliser, sauf pour de rares applications où son remplacement est impossible. Quand au PFOA, l’Agence américaine de protection de l’environnement envisage de supprimer son utilisation d’ici 2015.

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]Voir le site de l’Afssa.

Situer cette recherche