Des bactéries résistantes aux antibiotiques en Arctique !

Publié le 14.02.2008

Des souches du bacille Escherichia Coli, prélevées sur des oiseaux dans des régions arctiques éloignées de toute présence humaine, ont montré une résistance à un ou plusieurs antibiotiques.

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Expédition "Beringia" en Arctique.
Document Institut de recherche polaire suédois

Durant l’expédition "Beringia" [1] organisée par l’Institut de recherche polaire suédois au cours de l’été 2005 à travers l’océan Arctique, des échantillons biologiques ont été prélevés dans les déjections ou le tube digestif de 97 oiseaux dans trois régions géographiques différentes : le nord-est de la Sibérie, Point Barrow en Alaska et le nord du Groenland. Des souches d’E. Coli, présentes normalement dans la flore intestinale des oiseaux, ont été isolées puis soumises à des tests de sensibilité envers 17 antibiotiques. Les résultats sont éloquents : une résistance a été détectée pour 14 d’entre-eux. Parmi les échantillons, certains présentaient une résistance multiple allant de deux à sept antibiotiques différents.

D’après les chercheurs, plusieurs mécanismes ont pu donner lieu à ces résistances : mutations spontanées, transfert horizontal à partir d’autres microorganismes (voir encadré) ou contact avec des déchets humains - aliments, excréments - des rares pêcheurs ou explorateurs s’aventurant dans ces régions.

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Le goéland bourgmestre - Larus hyperboreus - se rencontre sur toutes les côtes de l’Arctique.
Photo Alastair Rae - Certains droits réservés Licence Creative Commons

Cependant, le fait qu’un échantillon provenant d’un bécasseau juvénile né dans la toundra loin de toute fréquentation humaine, soit résistant à trois antibiotiques leur fait privilégier une autre hypothèse. Les « responsables » seraient les oiseaux migrateurs ayant acquis une multi-résistance lors d’hivernages dans des régions plus clémentes et fréquentées par l’homme. Il y aurait alors eu un transfert de bactéries entre oiseaux. Théorie renforcée par le lieu de récolte de l’échantillon en question : à proximité du détroit de Béring, un endroit où durant l’été se reproduisent et cohabitent de nombreux représentants de l’avifaune aquatique tels que les oies des neiges, les oies empereurs, les goélands, etc.

Des E. Coli résistants aux antibiotiques avaient déjà été identifiés sur des oiseaux sauvages vivant non loin d’habitats humains. Pour la première fois, cette résistance est constatée dans l’une des régions les plus reculées de la planète, montrant ainsi que ce phénomène est devenu planétaire.

La résistance aux antibiotiques

Des mutations spontanées et aléatoires se produisent régulièrement chez les bactéries. Certaines de ces mutations peuvent concerner un gène rendant ce microorganisme insensible à l’action d’un antibiotique. La bactérie concernée transmet ce gène à ses descendants (transfert vertical), elle peut aussi le transférer à d’autres bactéries (transfert horizontal). Ce mécanisme de transfert peut être à l’origine de l’apparition des bactéries résistantes à plusieurs antibiotiques, appelées multi-résistantes.

L’abus et l’usage incontrôlé des antibiotiques dans les pays développés ont favorisé l’émergence de ce phénomène. La résistance aux antibiotiques pose désormais un important problème de santé publique, rendant de plus en plus d’infections difficiles voire impossibles à traiter.

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]Le principal objectif de l’expédition Beringia était d’étudier le climat, la géologie et l’écologie de la toundra des régions arctiques, principalement autour du détroit de Béring (Chukotka, Alaska). Voir le site de expédition.

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