Hommes et femmes inuits face à la pollution

Publié le 10.09.2007

Les hommes et les femmes inuits contribuent de manière différente à l’identification des polluants-contaminants dans le grand nord canadien

De nombreuses études ont déjà démontré la dangerosité des métaux lourds et autres polluants sur la santé des êtres humains et l’environnement naturel de l’Arctique. Les métaux lourds, tels que le plomb par exemple, sont en effet une menace pour les communautés inuites. Ils s’immiscent dans les sols, l’eau et les organismes et s’insèrent dans la chaîne alimentaire. Ils peuvent donc être ingérés sous forme d’aliments traditionnels issus de la pêche et de la chasse.

Mais alors que l’on a tendance à considérer que la contamination touche indistinctement les hommes et les femmes, ce n’est que récemment que l’on a introduit une perspective de genre dans la constatation des faits.

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Prélèvement ultra-propre d’une carotte de neige destinée à l’étude de l’évolution de la pollution en plomb de l’atmosphère de l’hémisphère Nord au cours des vingt dernières années
© CNRS Photothèque
UPR5151 - LABORATOIRE DE GLACIOLOGIE ET DE GEOPHYSIQUE DE L’ENVIRONNEMENT (LGGE), SAINT-MARTIN-D’HERES

C’est bien en suivant une approche sur la distinction des rôles masculin et féminin, qu’un article de la revue Etudes Inuit, 3e trim 2006, décrit comment l’un et l’autre sexe appréhendent de façon différente le problème des contaminants. Ainsi, dans la communauté d’Inukjuak, au Nunavik dans le nord du Québec, sur la côte Est de la baie d’Hudson, hommes et femmes abordent cette question en fonction de leur rôle respectif au sein de leur communauté et dans le cadre plus général de la culture Inuk.

Les hommes restent sceptiques quant au danger sanitaire et environnemental lié à l’utilisation de projectiles ou de matériel de pêche contenant du plomb. Il en va de leur liberté de chasseur et de leur statut de mâle apportant la nourriture. Les femmes ne sont que très peu au courant des propriétés des instruments des hommes, mais elles situent le risque au niveau de la santé de leurs enfants. Elles s’inquiètent de leur rôle de nourricière et de gardienne de la famille et de la communauté.

Les contaminants sont en effet directement transmis par les femmes à leurs bébés à travers le placenta et l’allaitement au sein. Et si hommes et femmes identifient conjointement les contaminants à divers moments de la chasse (notamment dans le choix d’une proie saine, son conditionnement et son transport), les mères sont responsables de la sélection et de la préparation des aliments au foyer, ainsi que de la distribution ou du partage de nourriture au sein du groupe. Elles jouent par là un rôle sur la santé de leur famille et de la communauté.

Des études précédentes avaient déjà souligné pour les populations du Nunavik des preuves évidentes d’exposition au plomb. Cependant, les chiffres présentés dans l’article montrent cette fois des niveaux de concentration de plomb dans le sang maternel des plus hauts parmi les populations du cercle polaire, sur la période 1990-2000.

C’est pourquoi, il est important de prendre en compte ces différences de genre du point de vue de la santé environnementale et des stratégies ou des politiques à mettre en œuvre pour le bien-être des populations inuites au Nunavik.

Michel Schlotter, INIST-CNRS

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