L’Arctique, champ de bataille entre Chine, Russie et États-Unis

Publié le 04.07.2019 - Article d'Anne Denis du 17/06/2019 sur Slate

Le 1er octobre 1987, Mikhaïl Gorbatchev, alors secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, prononça à Mourmansk, célèbre port de Sibérie, un discours qui fit date. Il y appelait à la démilitarisation du Grand Nord et à l’instauration d’une coopération pacifique. « Laissons le pôle Nord devenir un pôle de paix », a-t-il déclaré...

Le 1er octobre 1987, Mikhaïl Gorbatchev, alors secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique, prononça à Mourmansk, célèbre port de Sibérie, un discours qui fit date. Il y appelait à la démilitarisation du Grand Nord et à l’instauration d’une coopération pacifique. « Laissons le pôle Nord devenir un pôle de paix », a-t-il déclaré. Des paroles d’autant plus éloquentes qu’elles étaient prononcées dans l’une des zones les plus nucléarisées du monde pendant la Guerre froide.

L’idée a fait son chemin. C’est ainsi qu’en 1996, est né le Conseil de l’Arctique, un forum intergouvernemental regroupant les cinq pays riverains de l’Océan Glacial arctique –le Canada, la Russie, les États-Unis (via l’Alaska), le Danemark (via le Groënland) et la Norvège– plus la Finlande, l’Islande et la Suède, et six représentations des peuples autochtones. Y ont ensuite été admis progressivement des ONG et des pays observateurs (une bonne douzaine aujourd’hui dont la France, l’Espagne, l’Allemagne et, plus récemment, l’Inde et la Chine).

Vingt ans de coopération pacifique

Ce Conseil a été conçu comme une instance de discussion autour des questions de science et d’environnement. Les questions militaires ont été exclues de ses compétences. Il n’était pas question non plus d’en faire une institution politique susceptible d’imposer un cadre juridique aux cinq pays côtiers, très jaloux de leur souveraineté. Ils n’ont d’ailleurs accueilli qu’à contre-coeur des pays observateurs, créant même en 2008 un club à part, l’Arctic Five, qui a fait long feu en raison de dissensions. L’ancien Premier ministre Michel Rocard, qui fut ambassadeur de la France pour les pôles entre 2009 et 2016, s’agaçait de ces positions souverainistes, comparant le Conseil de l’Arctique à « un syndic de propriété complice des copropriétaires pour empêcher toute nouvelle arrivée ».

Les compétences du Conseil se sont élargies au fil du temps (aux infrastructures, au tourisme…) et deux accords « contraignants » ont été adoptés en 2011 et en 2013, l’un portant sur la mutualisation des secours lors d’un naufrage, l’autre sur la coordination des actions en cas de marée noire. Des avancées réelles compte tenu de la hausse du trafic maritime dans cette zone aussi inhospitalière que fragile. Ces accords type « soft law » restent soumis au bon vouloir des pays membres, mais ils attestent d’une volonté de coopération, malgré un certain nombre de différends...

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