La "Route de la Soie arctique" : les plans de la Chine et de la Russie pour dominer le pôle Nord

Publié le 15.02.2018 - Article de Céline Peynichou du 12/12/2017 mentionné dans la Revue de presse CNRS Chine-Mongolie (bureau de Pékin) de janvier 2018

La Route de la Soie résonne dans l’imaginaire : les paysages du désert de Gobi, les villes magiques de Kashgar, Samarkand, Boukhara, et les merveilles du tissu qui lui a donné son nom. Mais certainement pas les eaux glacées et inhospitalières du grand Nord russe. C’est pourtant une réalité sérieusement envisagée par la Chine et la Russie dans le cadre des grands projets chinois des « Nouvelles routes de la soie ». Les discussions entre les deux puissances, qui durent depuis des années, se sont accélérées ces derniers mois sur la partie maritime nord de ce projet pharaonique. C’est aussi un itinéraire déjà emprunté depuis longtemps, au moins dans sa partie russe

Un enjeu renouvelé en raison des ambitions de Xi Jinping

La Russie contemporaine a toujours cherché à maintenir sa présence sur des terres inhospitalières et dans des conditions improbables. Des îles Kouriles à l’espace arctique, elle a voulu ignorer les difficultés économiques de ces dernières décennies, et l’abandon par le pouvoir central de politiques volontaristes à long terme. Dans les Kouriles, par exemple, l’État compte visiblement moins sur l’engagement financier dont il a su faire preuve à l’époque soviétique que sur le stoïcisme d’habitants, pour la plupart liés d’une manière ou d’une autre à l’armée, qui n’ont désormais plus la possibilité de partir et doivent se débrouiller par leurs propres moyens. À l’autre bout du pays, deux fameuses villes russes de l’île norvégienne de Spitzberg se sont retrouvées de nouveau sous les feux de l’actualité : Pyramiden, une ville-modèle abandonnée dont l’unique hôtel est à la fois une attraction touristique et un hébergement pour scientifiques ; et surtout Barentsburg, autre ville-modèle dont la population a été divisée par trois voire quatre en vingt ans, pour compter aujourd’hui environ 400 habitants. La cité survit sans grand soutien de la mère-patrie, autour de mines de charbon qui n’ont pas de réel intérêt économique. Elle permet malgré tout de maintenir une présence russe dans l’Arctique occidental.

Après la fin de la guerre froide dans les années 1990, l’intérêt pour ces territoires isolés mais massivement subventionnés a diminué. La Russie post-soviétique, économiquement engagée dans une voie ultra-libérale, n’avait ni l’envie, ni les moyens de les entretenir. D’autant qu’ils paraissaient avoir perdu leur importance stratégique. Or l’actualité récente montre que ces territoires périphériques pourraient jouer un rôle non négligeable dans le développement futur de la Russie. En effet, parmi les projets chinois des « Nouvelles routes de la soie », un passage par la route maritime du Nord, seulement partiellement libre de glaces à l’année, est très sérieusement envisagé. L’enjeu pour les deux pays est à la fois commercial et géopolitique.

Côté chinois, si l’enjeu commercial est d’importance, l’aspect géopolitique ne doit pas être négligé pour autant. La diversification des alliances, une relation renforcée avec des pays considérés comme ayant des affinités avec la Chine (en Asie centrale, par exemple), mais aussi l’affirmation du pays comme une puissance mondiale majeure au-delà de son poids économique, sont au cœur de ces projets...

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