Le plus vieux cratère d’impact au monde découvert au Groenland

Publié le 04.10.2012

Une structure d’une centaine de kilomètres de diamètre, vestige du cratère initial qui devait être bien plus étendu à l’origine, vient d’être identifié dans la partie occidentale du Groenland, non loin de la ville nommée Maniitsoq. Plus que sa taille déjà respectable, c’est son âge avancé qui interpelle la communauté scientifique.

Ce sont des chercheurs danois, suédois et britanniques [1] qui ont découvert sa présence grâce à un faisceau d’indices. Dans ce cratère du Groenland que les chercheurs vont bientôt nommer la "structure Maniitsoq" en référence à sa localisation, l’un des signes révélateurs a été l’observation d’une importante anomalie aéromagnétique [2] de forme irrégulière, elliptique et d’une extension d’environ 200 kilomètres.
La partie centrale du cratère qui s’étend sur une surface de 1 750 kilomètres carrés est constituée par du matériel quartzo-feldspathique entièrement broyé. Des fractures sont présentes de façon aléatoire, sans orientations préférentielles, elles sont fréquentes dans la zone d’étude et s’observent avec des formes particulières semblables à une plume ou un sapin de Noël.
De plus, les chercheurs ont observé des brèches [3] et des microbrèches fluidisées présentant des traces de fusion, ainsi que des pseudotachylites [4] et des altérations hydrothermales. Des grains de quartz sont retrouvés présentant des plans de dislocation que les spécialistes nomment éléments de déformation planaire, ce qui caractérise les quartz dits « choqués » résultant généralement de l’impact de grosses météorites.

JPEG - 112.9 ko
Meteor Crater situé dans l’Arizona est l’un des cratères d’impact les mieux conservés de la Terre car il est très récent
Crédit photo : Erik Charlton
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Pour l’équipe de recherche, la nature et l’échelle de l’ensemble de ces observations ne sont conciliables qu’avec un évènement soudain et porteur d’une énergie exceptionnelle, bien au-delà des processus terrestres conventionnels. Seul un impact de grande ampleur pourrait expliquer toutes ces particularités.
La datation de la "structure Maniitsoq" donne un âge proche de 3 milliards d’années, ce que les spécialistes nomment l’Archéen moyen ou Mésoarchéen. Notre planète n’avait alors qu’environ 1,54 milliard d’années d’existence.
C’est certainement cet aspect qui est le plus remarquable de cette étude car cette structure est à ce jour le plus vieux cratère d’impact jamais découvert sur la Terre.

Les chercheurs ne pensaient pas découvrir un tel témoignage de la jeunesse mouvementée de notre planète. En effet, si de tels témoignages cataclysmiques sont assez facilement observables avec une simple paire de jumelles sur notre satellite naturel qu’est la Lune, sur la Terre en revanche, la tectonique des plaques et l’érosion en général se chargent de faire disparaître de telles cicatrices en quelques centaines de millions d’années.

Le hasard a voulu qu’un bolide percute notre planète en ces temps reculés dans une zone nommée le "craton Atlantique Nord". Située dans la partie sud-ouest du Groenland, cette portion de la croûte terrestre est restée relativement stable depuis cette époque, sans destructions majeures dues aux forces tectoniques et à l’érosion. Jusqu’à présent le plus vieux cratère d’impact connu était celui de Vredefort [5] situé en Afrique du Sud. Son diamètre est d’environ 300 kilomètres, son âge est estimé à 2 milliards d’années, ce qui correspond au Paléoprotérozoïque ou Protérozoïque inférieur. Le cratère de Maniitsoq le détrône désormais d’un milliard d’années.

Ce témoignage de la prime jeunesse agitée de la Terre peut nous faire prendre conscience que des collisions cataclysmiques ont parsemé l’histoire de notre planète. La fin brutale du règne des dinosaures, il y a 65 millions d’années fait encore débat dans la communauté scientifique même si un certain consensus se dessine en faveur de l’hypothèse d’une collision avec un astéroïde. Un tel phénomène pourrait très bien se reproduire, la difficulté est plutôt de prévoir quand il se produira.

Ludovic Hamiaux, INIST-CNRS

[1]Geological Survey of Denmark and Greenland - GEUS ; School of Earth and Ocean Sciences, Cardiff University ; Lund University.

[2]Mesures et observations magnétiques effectuées avec un véhicule aérien

[3]Roche clastique ou conglomérat formés d’éléments anguleux de roches pris dans un ciment

[4]Variété de mylonite ayant l’aspect de verre basaltique

[5]Cratère de Vredefort

Situer cette recherche

'
no> ext/hht">