Paléotempératures des eaux profondes des océans durant le dernier interglaciaire

Publié le 11.07.2007

L’analyse isotopique de carottes de sédiments marins en provenance des océans Atlantique Nord et Antarctique a permis de mettre en évidence l’intervention d’un réchauffement des mers durant le dernier interglaciaire, entre autres à l’origine d’une fusion de l’inlandsis Ouest-Antarctique...

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"Globigerina bulloides" d’Orbigny, une des espèces de foraminifère planctonique utilisée en paléoclimatologie pour la reconstitution de l’hydrologie de surface dans les zones subpolaires
© CNRS Photothèque / CEA / FROGET Laurence
UMR1572 - LABORATOIRE DES SCIENCES DU CLIMAT ET DE L’ENVIRONNEMENT (LSCE), GIF SUR YVETTE, FR0636 - INSTITUT PIERRE-SIMON-LAPLACE (IPSL), PARIS

Les auteurs (des chercheurs français du laboratoire des sciences du climat et de l’environnement LSCE-CNRS et néerlandais) analysent les isotopes stables de l’oxygène (dont les proportions sont fonction de la température) de tests calcitiques de foraminifères benthiques extraits de sédiments de mer profonde de l’océan Atlantique Nord et de l’océan Austral. Ils montrent en particulier que durant le dernier interglaciaire (-129 000 à -118 000 ans), les eaux profondes de l’Atlantique Nord (NADW : North Atlantic Deep Water) étaient légèrement plus chaudes qu’actuellement, alors que les températures des eaux profondes de l’Antarctique sont restées globalement inchangées.

Des simulations indiquent que cette distribution des températures peut s’interpréter comme résultant d’un forçage dû à l’ensoleillement aux hautes latitudes et que le réchauffement des NADW a pu se transférer aux eaux circumpolaires via la circulation océanique. Il serait notamment à l’origine d’un apport de chaleur supplémentaire autour de l’Antarctique dont on estime que les températures des eaux de surface, cette fois, étaient en été d’environ 2 °C plus élevées que durant l’Holocène, la période interglaciaire actuelle. L’apport de chaleur en question est alors responsable à l’époque d’une fusion partielle de l’inlandsis ouest Antarctique.

Cette étude tend ainsi à démontrer qu’un changement climatique aux hautes latitudes de l’hémisphère nord peut induire un retrait des glaces en Antarctique (et donc une élévation du niveau des mers), sans pour autant présager de la vitesse du phénomène et donc de l’évolution de l’inlandsis dans un futur proche, en réponse au réchauffement planétaire actuel. Il semble cependant intéressant (voire inquiétant) de constater que l’élévation de température des eaux océaniques récemment mesurée au droit du plateau continental antarctique apparaît du même ordre de grandeur que le réchauffement calculé ici à propos du dernier interglaciaire…

Gilles Banzet, INIST-CNRS

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