Traumatismes et états de stress post-traumatiques parmi des adolescents du Groenland

Publié le 16.01.2013

L’adolescence constitue une période charnière où les risques importants d’exposition à des événements traumatiques s’accompagnent d’une vulnérabilité psychologique accrue

Depuis les années 1950, le Groenland, province autonome du Danemark, a connu un développement rapide, allant de pair avec une ouverture importante sur l’extérieur.
La région a vu son économie traditionnelle, basée sur la chasse et la pêche, se transformer en une économie basée sur le salariat. De nombreuses personnes non-inuites se sont installées dans la région, et ont occupé la plupart des emplois les mieux payés et les positions les plus influentes, entraînant un profond bouleversement du mode de vie traditionnel des Inuits, des infrastructures, du logement. De nombreux produits, parmi lesquels alcool et tabac, très rares jusque là, y sont devenus courants. De ce fait, de nombreux problèmes sociaux ont fait leur apparition au sein de la population locale. Mais ce n’est que récemment que ceux-ci sont devenus l’objet d’une attention particulière. Plusieurs travaux ont ainsi souligné, parallèlement à la précarisation des conditions de vie, des taux croissants de suicides, d’alcoolisation, d’abus sexuel et de violence, majoritairement parmi les jeunes, groupe d’âge particulièrement vulnérable.

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Glaciers du Groenland : vue d’hélicoptère
Photo : Christine Zenino Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Dans l’étude présentée ici, des chercheurs ont évalué, parmi un échantillon d’adolescents inuits, l’exposition à ces "événements potentiellement traumatiques" (EPT), et leurs effets psychologiques (estimation de la prévalence des états de stress post-traumatiques) [1].
Des questionnaires ont été distribués (269 élèves, âgés de 12 à 18 ans) dans quatre écoles du Nord Groenland. Parmi les résultats les plus marquants :

  • 86,6% des participants ont rapporté une exposition directe à au moins un EPT ;
  • 74,3% d’entre eux ont rapporté une exposition indirecte à au moins un EPT ;
  • une moyenne de 2,8 EPT, directs ou indirects, par jeune ;
  • sur les 211 étudiants (78,4%) qui ont rempli le questionnaire psychiatrique, 17,1% présentaient les critères d’un état de stress post-traumatique ;
  • un faible niveau d’instruction du père, ainsi qu’un nombre plus important d’EPT, sont apparus comme des facteurs de risque significatifs de développer cette pathologie anxieuse.

Par comparaison avec les données d’autres études similaires, il est apparu que les adolescents du Groenland ne faisaient pas plus l’expérience d’EPT qu’ailleurs dans le monde. Cependant, ils étaient davantage exposés à certains EPT spécifiques : tentative de suicide, mort d’un proche, absence d’un parent, viol, abus sexuel, grossesse précoce, avortement, agression, quasi-noyade.
Quant à l’importante prévalence des états de stress post-traumatiques, il est remarquable qu’elle soit très similaire à celle relevée dans deux autres régions isolées, également d’anciennes colonies insulaires, que sont l’Islande et les iles Féroé. Ceci semblerait indiquer l’existence de processus culturels spécifiques dans l’étiologie de cette affection.

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]Ou PTSD en VO, pour Posttraumatic Stress Disorder, trouble anxieux sévère consécutif à un traumatisme, selon le DSM-IV, Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux.