Variation des concentrations de polluants chez l’ours blanc du Groenland

Publié le 27.07.2007

Dans l’hémisphère nord, les composés toxiques rejetés dans l’environnement finissent souvent dans l’Arctique via les courants marins. C’est dans ces régions du monde qu’on les retrouve en quantités les plus élevées chez les animaux et chez l’homme où ils s’accumulent. Des chercheurs canadiens et danois se penchent sur les mécanismes biologiques liés à leur accumulation dans les tissus biologiques.

Cet article paru dans la revue Environmental pollution porte sur la concentration d’un polluant, le PBDE (polybromodiphényléther) [1], dans les graisses de 92 ours blancs Ursus maritimus de l’est du Groenland prélevées par des chasseurs inuits.

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Ours polaire
Crédit photo : Jean-Luc Bonvallot

Les contaminants environnementaux persistants s’accumulent dans la chaîne alimentaire. Chez les vertébrés exposés, les PBDE se comportent selon un mode de bioamplification [2] du fait de leur mobilisation dans les tissus adipeux (graisses). Or les ours blancs sont situés en haut de la chaîne alimentaire. Ce sont en effet des superprédateurs dont le régime alimentaire dans cette région est essentiellement constitué de phoques annelés Phoca hispida et de phoques barbus Erignathus barbatus, eux-mêmes carnivores.

Capables de vivre plus de 20 ans, ils peuvent donc concentrer beaucoup de polluants. lls présentent ainsi la particularité d’avoir les plus fortes concentrations en polluants environnementaux (dont le PBDE) de toutes les espèces arctiques.

Dans cette étude, les chercheurs mettent en évidence une variation saisonnière de la concentration du PBDE, sans relation avec l’âge ou le sexe de l’animal. Ils suggèrent que pour de futures études comparatives sur la concentration de ce polluant, les données soient corrigées selon ces variations saisonnières.

Le groupe de recherche danois qui a participé à cette étude, dirigé par le professeur Christian Sonne de l’Université de Aarhus au Danemark, étudie d’autres polluants chez les ours blancs tels que le mercure.

NB : Dans le cadre de l’Année polaire internationale, ces chercheurs participent à un projet visant à mesurer l’impact de la pollution et du changement climatique sur les ours blancs tout autour du cercle polaire arctique : Polar bear (Ursus maritimus) circumpolar health assessment in relation to toxicants and climate change

Marie-Laure Masquilier , INIST-CNRS

[1]Les PBDE, polybromodiphényléthers, sont une classe de retardateurs de flamme utilisés pour leurs propriétés ignifugeantes dans les appareils électriques et électroniques, tels que les imprimantes, ordinateurs, télévisions, mais aussi dans les textiles et les matériaux de construction. Depuis 2004, ces produits commerciaux sont interdits en Europe et sont en passe de l’être en Amérique du Nord, mais restent largement utilisés dans de nombreux produits.

[2]Tendance des organismes de fin de chaîne alimentaire à concentrer de grandes quantités de polluant ou de contaminant présent dans un biotope.

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