Vie de famille des baleines blanches en été dans l’océan glacial Arctique

Publié le 17.07.2007

Une équipe canadienne de l’Université du Manitoba, à Winnipeg, a publié en décembre 2006 le résultat de ses recherches sur des populations de bélugas. Ces études ont consisté à suivre pendant 3 étés (1993, 1995 et 1998) la répartition spatiale de 24 bélugas (17 mâles et 7 femelles) munis de balises reliées à des satellites, à l’est de la mer de Beaufort, dans l’océan glacial Arctique au nord de l’Alaska. C’est dans cette zone que la population de bélugas est la plus importante (de l’ordre de 20 000 à 40 000 individus).

Les bélugas ou baleines blanches (Delphinapterus leucas) sont des petits cétacés mesurant jusqu’à cinq mètres pour une tonne et demie. Ils vivent dans l’océan glacial Arctique et subarctique et se déplacent en fonction de l’extension de la banquise.

Dans le contexte du réchauffement climatique, l’objectif des chercheurs est d’acquérir des informations sur le mode de vie de ce cétacé qui pourrait être affecté par l’accélération de la fonte de la banquise au pôle Nord en été, voire la disparition de celle-ci.

D’après leurs observations qui apportent des données quantitatives très importantes, les individus, selon leur âge, leur sexe, leur taille et leur statut reproducteur, ne séjournent pas aux mêmes endroits en fonction de la présence de glace.

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Groupe de Bélugas en mer de Bering
Crédit photo : jomilo75
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Alors que les femelles avec petits et les mâles de petite taille choisissent des habitats d’eau libre proches des côtes, les mâles de grande taille choisissent une couverture fermée de glace de mer dans l’archipel Arctique. Les individus de tailles moyennes préfèrent des zones mixtes en mer libre et glaces flottantes. Dans ces zones, les bélugas sont capables de respirer en utilisant des poches d’air emprisonnées sous la glace qu’ils peuvent briser lorsqu’elle est peu épaisse.

Les différences de choix d’habitat dans la population s’expliquent par des besoins différents en ressources alimentaires selon les stades de développement et par le risque de prédation.

Les femelles avec petits et les jeunes mâles préfèrent rester proches des côtes, dans des zones non gelées et où la mer est peu profonde, afin d’augmenter leur chance d’échapper aux prédateurs. En évitant la glace où vivent les ours, et les eaux profondes où vivent les orques, les femelles protègent leurs progénitures et les petits individus prennent ainsi moins de risque. En revanche, les grands mâles préfèrent les zones gelées et les eaux profondes, où la nourriture est plus abondante, même s’ils y encourent plus de risques vis-à-vis des orques. Quant aux individus de taille moyenne, on les retrouve dans les zones de glaces flottantes, où le risque de prédation est plus grand mais où la nourriture est plus abondante qu’en zone côtière. Une dernière hypothèse serait que les grands mâles solitaires sont isolés du groupe pour diminuer le risque d’attaque des petits, comme c’est le cas chez d’autres espèces de mammifères marins tels que le grand dauphin Tursiops truncatus.

Actuellement, cette population de bélugas ne donne pas de signe de déclin, contrairement à celles d’autres régions.

Ces nouvelles connaissances sur la dynamique des populations des bélugas permettront de protéger cette espèce plus efficacement, de comprendre l’impact du changement climatique sur ces populations et d’aider les chasseurs traditionnels autochtones inuits à gérer les effectifs de baleines blanches.

NB : Dans le cadre de l’Année polaire internationale, le béluga fait l’objet d’un projet de recherche, auquel participe le laboratoire de zoologie de l’Université du Manitoba à Winipeg : Pan-Arctic Tracking of Belugas.

Isabelle Gomez, INIST-CNRS

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