Recherches Arctiques

Actualités de la recherche scientifique
ISSN : 2755-3755

Echinococcus multilocularis : un parasite au Svalbard

Une équipe de scientifiques européens, dirigée par une Française, a voulu savoir comment Echinococcus multilocularis, un ver parasite de la classe des Cestodes, était parvenu sur cet archipel très isolé et si éloigné des régions tempérées de l’hémisphère Nord où il est endémique.

Les habitants du Svalbard ont décidément bien des soucis avec leurs renards : ceux-ci peuvent déjà être infectés par le virus de la rage [1]Voir l’article : Réapparition de la rage au Svalbard. , ils peuvent être en outre porteurs du parasite Echinococcus multilocularis, responsable de l’échinococcose alvéolaire, une parasitose transmissible à l’homme (voir encadré).
L’infestation a été détectée sur l’archipel en 1999. Or, pour que le parasite se reproduise, il lui faut deux mammifères hôtes : un hôte définitif carnivore (un renard, mais aussi un chien ou un chat) et un hôte intermédiaire (un rongeur).
Ainsi au Svalbard, le cycle du parasite a pu être bouclé grâce à l’introduction involontaire d’une espèce de campagnol (Microtus levis), probablement arrivée de la région de Saint-Pétersbourg avec les travailleurs russes venus exploiter les ressources minières, dans la première moitié du vingtième siècle. L’hôte définitif est le renard polaire (Vulpes lagopus).

Echinococcus multilocularis adulte

Echinococcus multilocularis adulte
Crédit photo : Alan R Walker
Domaine public – Source : Wikimedia commons

En ce qui concerne l’origine géographique du parasite lui-même, les chercheurs ont imaginé trois hypothèses plausibles :
– Il serait venu d’Europe avec les activités touristiques et les expéditions scientifiques, ces dernières faisant souvent du Svalbard leur camp de base et apportant avec elles des chiens de traîneaux;
-Il serait arrivé de Russie avec les campagnols;
-Il aurait été apporté par les renards polaires qui sont capables de parcourir de grandes distances sur la banquise glacée (E. multilocularis est présent en Sibérie, en Alaska et dans les régions arctiques du Canada).
Pour trancher entre ces différents scénarios, les scientifiques ont eu l’idée d’étudier de près le profil génétique de E. multilocularis, notamment grâce à une technique basée sur l’examen de séquences courtes et répétées d’ADN appelées microsatellites (marqueurs EmsB).
La diversité de cet ADN peut être utilisée afin d’identifier une « parenté » avec celui des parasites déjà répertoriés de par le monde. Il existe en effet un catalogue recensant les caractéristiques des ADN microsatellitaires de différents E.multilocularis prélevés dans divers endroits d’Europe, ainsi qu’en Chine (plateau tibétain), au Japon (Hokkaido) et en Alaska (îles Saint Laurent).

Dans un premier temps les chercheurs ont extrait l’ADN provenant de 27 parasites présents sur des campagnols capturés au Svalbard. Après génotypage [2]Détermination de la séquence nucléotide d’une portion spécifique du génome, variable chez un individu au sein d’une même espèce des microsatellites EmsB des 27 échantillons, ceux-ci ont été comparés d’abord entre eux puis dans un second temps avec les échantillons mondiaux.

Les résultats montrent :
-Une grande homogénéité génétique entre les 27 échantillons prélevés au Svalbard;
-Une forte disparité de ces 27 échantillons avec les échantillons d’Europe déjà répertoriés (France, Suisse, Allemagne Autriche, et Pologne), du Tibet et du Japon;
-Une similitude avec ceux originaires d’Alaska.

Longyearbyen, la ville principale du Svalbard, en été. C'est près de cette ville que les scientifiques ont capturé les campagnols étudiés dans l'article.

Longyearbyen, la ville principale du Svalbard, en été. C’est près de cette ville que les scientifiques ont capturé les campagnols étudiés dans l’article.
Crédit photo : Michael Haferkamp
Domaine public – Source : Wikimedia commons

Les auteurs écartent donc les deux premières hypothèses faisant état d’une contamination venue d’Europe ou de l’Ouest de la Russie. En ce qui concerne l’hypothèse d’une introduction du parasite par le biais des campagnols de Saint-Pétersbourg, le prélèvement disponible le plus proche géographiquement se situe en Pologne, un peu trop éloigné de Saint-Pétersbourg pour conclure avec certitude.

Pour les chercheurs, le scénario le plus probable reste une contamination par les renards polaires qui peuplent les régions arctiques et qui sont capables de parcourir énormément de kilomètres sur les étendues glacées de la banquise.
Des prélèvements sur le sol russe, aussi bien dans la région de Saint-Pétersbourg qu’en Sibérie, seraient nécessaires pour confirmer cette hypothèse.

L’échinococcose alvéolaire en France
Malgré son nom scientifique, plutôt difficile à retenir, cette maladie est pourtant relativement connue du grand public : de nombreuses personnes sont conscientes qu’il y a un certain danger à consommer les fraises des bois rencontrées en promenade, « parce qu’un renard a pu faire pipi dessus ».
(En réalité, ce n’est pas l’urine du renard qui peut être contaminée, mais ses excréments).

Il existe d’autres idées reçues sur cette parasitose qui sont énumérées dans le dépliant édité par le ministère de la santé ou dans celui plus complet “Du renard au pissenlit, l’échinoqui ?
Du pissenlit au campagnol, l’échinoquoi ?”

édité par le Conseil régional de Franche-Comté :
Ces deux brochures citent les régions de France les plus concernées par la maladie et rappellent les précautions à prendre dans les zones à risque.

A noter : ce n’est pas un hasard si l’auteure principale de la publication scientifique ci-dessus travaille à l’université de Franche-Comté, cette région est la plus touchée de France et le laboratoire de parasitologie de Besançon (Doubs) est le Centre national de référence pour l’échinococcose alvéolaire.

Notes de bas de page

Notes de bas de page
1 Voir l’article : Réapparition de la rage au Svalbard.
2 Détermination de la séquence nucléotide d’une portion spécifique du génome, variable chez un individu au sein d’une même espèce
En poursuivant votre navigation, sans modifier vos paramètres, vous acceptez l'utilisation et le dépôt de cookies destinés à mesurer la fréquentation du site grâce au logiciel Matomo. Pour plus d'informations, gérer ou modifier les paramètres, vous pouvez vous rendre sur notre page de politique de confidentialité.
OK
Modifier les paramètres