Recherches Arctiques

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ISSN : 2755-3755

La réalité des routes maritimes en Arctique

Publié le 19.11.2021 - Article d'Hervé Baudu du 04/11/2021 sur GoodPlanet Mag'
Le changement climatique offre-t-il vraiment des opportunités de développement des routes maritimes en Arctique ? Hervé Baudu, membre de l’Académie de marine et professeur de Sciences nautiques à l’École Nationale Maritime Supérieure, apporte des éléments de réponse sur ces enjeux. Le développement de la navigation commerciale régulière en Arctique reste une perspective éloignée, mais sera un des enjeux du XXIe siècle et présente des risques environnementaux à ne pas négliger

La région Arctique est un concentré des défis contemporains qui fait l’objet depuis quelques années d’une forte médiatisation, souvent exacerbée quant aux tensions entre Etats riverains, trop optimiste sur le potentiel d’une route maritime du Nord alternative concurrente aux routes actuelles et erronée sur une prétendue course acharnée aux ressources d’hydrocarbures.

Les pôles Arctique et Antarctique fonctionnent comme deux miroirs qui se réfléchissent. Le pôle Nord est un océan entouré de continents alors que le pôle Sud est un continent entouré d’océans. Le pôle Nord est un espace de ressources d’énergie fossile convoitées alors que le pôle Sud est un espace de sciences protégé de toute exploitation. Le pôle Nord est un espace margé et fréquenté par les plus grandes puissances militaires, le pôle Sud est une des dernières zones démilitarisées du globe. Si les contentieux entre Etats riverains sur le pôle Nord sont principalement d’ordres maritimes, ils sont d’ordres territoriaux au pôle Sud. Ce sont les conventions maritimes de l’ONU qui légifèrent le pôle boréal alors que c’est un traité terrestre – Traité de l’Antarctique – qui organisent celui du 6ème continent. 4 millions d’hommes peuplent les pays de la calotte boréale alors que seulement 5000 chercheurs hivernent à la périphérie du continent austral. De nouvelles routes maritimes traversent l’océan Arctique, alors qu’au Sud, elles le contournent largement.

Un phénomène est pourtant commun à ces deux hémisphères extrêmes ; ils sont tous les deux la proie au réchauffement climatique. Il est trois fois plus rapide aux pôles que sur le reste de la planète, les eaux polaires arctiques et dans une moindre mesure celles antarctiques sont de plus en plus accessibles au trafic maritime et aux ressources d’hydrocarbures jugées considérables, et ce sur de plus en plus longues périodes estivales. Citée comme sentinelle du réchauffement climatique par le GIEC, l’Arctique bat depuis 2019 des records de températures les plus élevées jamais enregistrées en Sibérie, et l’extension minimale de la banquise estivale vient d’égaler l’année exceptionnelle de 2012. Les trois derniers mois de juillet ont été les plus chauds jamais relevés.

De nouvelles route dont l’intérêt commercial est pour le moment à nuancer

Le réchauffement climatique laisse entrevoir dans les décennies à venir une navigation estivale entre mai et novembre libre de glaces, notamment le long des côtes russes. La période de pénombre hivernale entre décembre et mars au-delà du 60ème degré de latitude demeure sans rayonnement solaire, ce qui permet à la mer de geler pour reformer la banquise. Aucun modèle climatique n’envisage la fonte de la banquise en hiver même si sa reconstruction hivernale n’est pas systématique dans son étendue et dans son épaisseur.

Si le gain de temps, de distance et de coûts annoncé de l’ordre de 30 à 40% sur une route entre l’Europe du Nord et l’Asie du Nord-Est est fort médiatisé, l’optimisme de ce qui apparaît techniquement comme le nouveau « Panama blanc » doit être modéré par le marin qui est amené à emprunter ces routes. Les routes polaires ne sont réellement intéressantes en distance que si les transits envisagés sont réalisés à partir de la Chine du Nord, de la Corée du Sud et à destination des ports de l’Europe du Nord. Pour le trafic à conteneurs juste à temps à partir des plus grands ports du Monde que sont la Chine du Sud et Singapour, le transit par le canal de Suez demeure le plus court. Cependant, la route du Nord-Est le long des côtes russes est celle qui représente le plus grand potentiel pour écourter les distances entre l’Europe et l’Asie, donc d’économie de coûts : 30% de gain de distances entre les ports chinois et les ports européens, 30% de gain de temps sur le voyage, 30% de gain de coûts d’exploitation et de frais de soutes (carburant)…

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