Années chaudes et naissances de garçons chez les Saami

Publié le 15.05.2008

Les futurs parents qui voudraient choisir le sexe de leur enfant connaissent les régimes alimentaires « filles » et « garçons ». Une étude réalisée chez les Saami du nord de la Finlande suggère l’existence d’un autre facteur qui influerait sur le taux de masculinité à la naissance : les variations de température d’une année à l’autre.

L’influence de la température sur le sex-ratio [1] chez certains reptiles ou amphibiens a fait l’objet de nombreuses publications : la température d’incubation des œufs conditionne l’éclosion ultérieure de mâles ou de femelles. Peu d’études scientifiques ont eu lieu en ce qui concerne l’homme et ce sujet reste mal connu et controversé.

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Famille Saami au début du XXe siècle
Source : Wikimedia Commons

C’est pourquoi des chercheurs finlandais ont eu l’idée de consulter les registres paroissiaux concernant les naissances chez les Saami entre les années 1745 et 1890, et d’étudier en parallèle les températures qui ont régné dans ces contrées durant ces mêmes années.

Les Saami habitent une zone qui couvre le nord de la Suède, de la Norvège, de la Finlande et une petite partie de la Russie. Ce n’est pas un groupe ethnique mais un peuple parlant des langues sames de même origine. On connaît aussi ce peuple sous le nom de lapons, mais les indigènes n’aiment pas beaucoup cette appellation qu’ils considèrent comme péjorative (en haut-allemand « lapp » signifie « idiot »). On peut s’étonner qu’au XIXe siècle les évènements importants comme les naissances (baptêmes), les mariages et les décès soient consignés par l’Eglise. En effet, la religion initiale des Saami relevait essentiellement du chamanisme. Mais, les premiers missionnaires chrétiens entrèrent en contact avec les Saami dès le XIIIe siècle. Au début du XVIIIe siècle les coutumes et croyances traditionnelles avaient pratiquement disparu.

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Répartition des dialectes Saami
Source : Philippe Rekacewicz, UNEP/GRID-Arendal

A l’époque étudiée par les chercheurs, les habitants subsistaient uniquement grâce à la chasse, la pêche et l’élevage de rennes ; leur nourriture variait donc peu ; leur alimentation n’était pas encore polluée par les contaminants à effet perturbateur endocrinien [2] venus des pays développés. De plus, il ne semble pas y avoir eu de pratiques d’avortements sélectifs qui auraient pu favoriser un sexe aux dépens de l’autre.

Par contre, les relevés météorologiques dans le nord de la Finlande n’ayant été effectués qu’à partir du début du XXe siècle, les scientifiques ont dû procéder à une « reconstruction climatique » à partir d’un modèle paléoclimatique qui utilise, entre autres données, l’épaisseur et la densité des cernes d’un arbre, le pin sylvestre, poussant dans la région (dendroclimatologie). Cette méthode leur a permis d’avoir une bonne estimation des températures moyennes annuelles de la région étudiée.

Ainsi, ils ont constaté que l’augmentation de 1 °C de la température moyenne sur deux années consécutives correspondait à une augmentation de 1% de naissances d’enfants de sexe masculin.

En France il naît environ 105 garçons pour 100 filles. Ce léger déséquilibre disparaît vers l’âge de 20 ans. Le comportement plus à risque des garçons par rapport aux filles fait partie des raisons invoquées pour expliquer ce phénomène, mais on avance aussi que les nouveaux nés et les enfants de sexe masculin sont plus fragiles. De même, le fait que les fœtus mâles seraient aussi plus vulnérables que les fœtus femelles, et donc auraient plus de chances de survie les années où il n’y a pas de périodes de froids extrêmes pourrait expliquer le résultat des chercheurs.

Dans le contexte du réchauffement climatique, cette étude pose la question de l’impact éventuel que la hausse des températures pourrait avoir sur la population mondiale.

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]Sex ratio : rapport entre le nombre d’hommes et de femmes (ou de mâles et de femelles).

[2]Perturbateur endocrinien : substance chimique qui a un impact sur le système hormonal des êtres vivants.

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