Arctique canadien : des changements importants frappent les écosystèmes marins

Publié le 20.05.2020 - Article de Maryse Jobin du 27/04/2020 sur Radio Canada International (avec La Presse canadienne)

La première étude générale de l’océan Arctique canadien pointe vers une fluctuation inédite dans ce vaste écosystème situé complètement au nord du pays. Selon la chercheuse en chef de ce rapport, Andrea Niemi, c’est dans cette région que les changements climatiques ont eu le plus d’impacts. Ce qui pourrait indiquer qu’ils s’y produisent plus rapidement que dans n’importe quelle autre étendue d’eau ailleurs dans le monde

Les fluctuations sont si rapides que la dizaine de scientifiques fédéraux et d’observateurs inuits n’ont même pas eu la chance de comprendre ce qui se passe. Des données qui ne peuvent être ignorées selon Mme Niemi. Elle met en lumière le fait que 60 % des espèces dans le Bassin du Canada, comme les vers retrouvés vivants dans des volcans de boue sous-marins, n’ont pas encore été découvertes. Qui sait ce qui se trouve d’autres là-bas, se questionne-t-elle ?

Il a fallu attendre jusqu’en 2014 avant que la première estimation d’espèces de poissons soit réalisée dans la mer de Beaufort. Pourtant, les changements sont difficiles à rater, comme la composition de l’eau. Elle est 33 % moins salée et environ 30 % acide, assez pour dissoudre les coquilles de petits mollusques, qu’avant 2003. Le gyre de Beaufort, un vaste courant circulaire qui avait l’habitude de changer de direction chaque décennie, ne l’a pas fait depuis 19 ans.

Autres indices de ces changements, les épaulards sont tellement présents qu’ils altèrent le comportement d’autres espèces comme les narvals et les bélugas dont dépendent beaucoup les Inuit. Les saumons du Pacifique, les capelans et les phoques du Groenland migrent du sud vers le nord. Dans certains cas, les communautés sortent leurs filets et n’attrapent que du saumon, a fait remarquer Mme Niemi. Mais les effets du saumon sur d’autres espèces sont inconnus.

Il est aussi de plus en plus fréquent que des espèces côtières de poisson se retrouvent plus loin au large. Quant aux phoques marbrés, ils ne peuvent compléter leur période de mue avant que la glace casse et les températures plus chaudes de l’océan semblent les rendre léthargiques et susceptibles de devenir des proies plus faciles pour les ours polaires.

L’étude dirigée par Andrea Niemi, qui détient un postdoctorat en océanographie de l’Université du Québec à Rimouski, démontre que les êtres humains font aussi sentir leur présence. La navigation accrue dans l’Arctique canadien rend l’océan plus bruyant et étouffe les sons que les animaux comme les phoques et les baleines utilisent pour communiquer entre eux.

Le rapport a été rédigé conjointement par Pêches et Océans Canada, Environnement et Changement climatique Canada, le gouvernement du Nunavut et le Comité mixte de gestion de la pêche. Il présente les connaissances et les tendances actuelles des écosystèmes marins de l’Arctique canadien, basées sur les résultats scientifiques et le savoir inuit. Il décrit les changements observés dans les écosystèmes liés à la glace de mer, et il apporte de nouvelles informations sur les conditions environnementales variables et sur les liens entre les océans et les zones côtières.

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