Au Groenland, paléontologie et ADN lèvent le voile sur une civilisation éteinte

Publié le 28.06.2010

Des chercheurs ont réussi à établir la séquence quasi complète du génome d’un individu qui a vécu au Groenland il y a environ 4 000 ans, à partir d’une simple mèche de cheveux qui s’est révélée très bavarde !

En 1980, lors de fouilles archéologiques à Qeqertasussuk, dans le sud-ouest du Groenland, ont été découverts des restes humains appartenant à la culture dite de Saqqaq. On connaît peu de choses sur les Saqqaq, si ce n’est qu’ils ont occupé la côte ouest et sud-est du Groenland entre 2 500 et 800 ans avant J.-C. Des vestiges de leurs habitations ainsi que des ossements d’animaux confirment qu’ils se nourrissaient de chasse et de pêche. On a également retrouvé des outils fabriqués à partir de matières premières aussi diverses que de la pierre, du bois flotté, des os, des andouillers [1], de l’ivoire et des peaux.

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Cheveux dans la neige
Crédit photo : Themaxso
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Parmi les restes recueillis lors des fouilles de 1980 figuraient quatre touffes de cheveux préservées dans le pergélisol, soigneusement conservées au musée de Copenhague (Danemark).

En 2008, huit génomes humains avaient d’ores et déjà été séquencés : un africain, quatre européens, un chinois et deux coréens, nombre appelé à évoluer rapidement dans le cadre du « projet 1 000 génomes ».

Jusqu’à présent aucun être humain issu d’une civilisation très ancienne ou disparue n’avait fait l’objet d’une telle étude. Seuls quelques fragments d’ADN provenant d’un homme de Néandertal [2] avaient pu être analysés. En effet, le matériel génétique trouvé lors de fouilles archéologiques est souvent très endommagé, donc inexploitable. Or, les cheveux découverts au Groenland, enfouis dans le sol glacé, étaient dans un état de conservation remarquable.

Grâce à cet échantillon et au développement des nouvelles techniques de séquençage, une équipe internationale de chercheurs dirigée par un Danois a pu décrypter 79% du génome. C’est ainsi que, en février 2010, la prestigieuse revue scientifique Nature a pu présenter sur sa page de couverture un dessin : le visage d’un homme aux yeux bruns, à la peau sombre et aux cheveux noirs et épais avec une tendance à la calvitie. Toutes ces caractéristiques ont été révélées grâce à l’ADN !

Les scientifiques nous apprennent également que son groupe sanguin était A+, que son métabolisme de base était adapté aux températures froides, malgré un risque accru de contracter une otite à cause d’un cérumen trop sec dans les oreilles.

Quels autres renseignements peut-on encore tirer de cette étude ? Des éclaircissements sur l’origine des Saqquaq. Etonnamment, ils n’auraient de lien de parenté ni avec les Amérindiens ni avec les Inuits qui habitent actuellement le Groenland. Leurs plus proches cousins seraient les « Chukchis », peuple qui vit à l’extrême Est de la Sibérie, ce qui implique l’existence d’au moins deux migrations distinctes à partir de l’Asie.

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Répartition démographique des populations indigènes en Arctique. Les Saqqaq seraient venus par la pointe orientale de la Sibérie (en vert foncé sur la carte) et auraient traversé le détroit de Behring et l’Amérique du Nord pour arriver au Groenland.
Crédit : Hugo Ahlenius
Source : UNEP-GRID

Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]Bois des cervidés : rennes, élans,...

[2]Pour en savoir plus, voir le séquençage du génome de l’homme de Néandertal.

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