Avec le changement climatique, la Russie colonise l’Arctique

Publié le 29.05.2019 - Article d'Estelle Levresse du 12/04/2019 sur Reporterre

À l’occasion du Forum Arctique à Saint-Pétersbourg, la Russie a présenté un programme très ambitieux de développement de ports et d’infrastructures le long de la nouvelle « route maritime du Nord ». Une région stratégique, riche de ressources naturelles mais aussi écologiquement fragile et préservée, rendue accessible à cause du changement climatique

Vladimir Poutine avait annoncé en 2018 son objectif : multiplier par quatre, d’ici à 2025, le volume du trafic de fret transitant par la voie maritime du Nord pour atteindre 80 millions de tonnes par an. Le président russe a confirmé l’objectif lors du Forum international arctique à Saint-Pétersbourg, qui a réuni les 9 et 10 avril responsables politiques, chercheurs, scientifiques et environ 350 entreprises privées.

« C’est un objectif réaliste, calculé et concret », a-t-il affirmé lors de la session plénière en présence de ses homologues finlandais, islandais, norvégien et suédois, venus discuter coopération, occasions de développement et protection de l’environnement dans la région arctique. « Il y a encore 10, 15 ans, ce chiffre semblait totalement inatteignable », a ajouté Vladimir Poutine.

Conséquence du réchauffement climatique, deux fois plus rapide au pôle Nord qu’ailleurs, la situation en Arctique a changé. La fonte de la banquise ouvre de nouvelles voies de navigation par le passage du Nord-Est, le plus court chemin reliant l’Europe à l’Asie. La « route maritime du Nord » — comme l’appellent les Russes — permet de gagner plusieurs milliers de kilomètres dans l’acheminement des hydrocarbures vers les marchés asiatiques — la Chine notamment — en évitant d’emprunter la route du canal de Suez.

La Russie assure vouloir trouver « un équilibre entre le développement économique et la conservation de la nature arctique »

Or, ce passage, qui rejoint le détroit de Béring, longe les côtes septentrionales de la Sibérie. Et la Russie entend bien en profiter pour exploiter ses énormes richesses locales en pétrole et en gaz, mais aussi en minerais, tels que le nickel ou le cobalt.

Mikka Mered, expert en géopolitique des pôles et professeur à l’Ileri (Institut libre d’étude des relations internationales), a participé au Forum de Saint-Pétersbourg. Pour lui, la fonte des glaces n’est qu’un « facteur facilitant » de la conquête russe de l’Arctique, mue avant tout par des raisons économiques. « Le système russe est fondé sur sa rente pétrolière. Or, ses ressources d’hydrocarbures, exploitées dans le sud-ouest de son territoire depuis l’ère soviétique, se tarissent petit à petit et perdent en rendement. Pour maintenir son système, le pays doit trouver des relais de croissance, c’est pourquoi il exploite l’Arctique ». Il précise que 80 % du gaz russe provient déjà de cette zone.

Le développement économique de l’Arctique est en effet une priorité nationale. « Aujourd’hui, la part de l’Arctique représente plus de 10 % de tous les investissements en Fédération de Russie, a déclaré Vladimir Poutine. Et je suis convaincu que l’importance du facteur arctique dans l’économie du pays ne fera que croître ».

Quant aux conséquences de l’extraction sur l’environnement particulièrement fragile de la zone arctique, la Russie assure vouloir trouver « un équilibre entre le développement économique et la conservation de la nature arctique, la préservation de ses biosystèmes uniques et fragiles ». Pour cela, elle propose un aménagement du territoire avec des réserves naturelles protégées cohabitant avec des zones d’exploitation...

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Voir aussi l’article d’Emilie Duhamel du 08/04/2018 sur CNEWS, celui de Jean-Marc Four du 09/04/2019 sur Franceinfo, ainsi que l’article d’Emmanuel Grynszpan du 10/04/2019 sur Le Temps