Biodiversité marine : des scientifiques s’inquiètent des effets du changement climatique sur le plancton

Publié le 09.01.2020 - Article de Juliette de Guyenro du 14/11/2019 sur GEO

La fondation Tara Océan et des chercheurs du CNRS ont étudié la biodiversité du plancton autour du monde. Menacé par le changement climatique, il pourrait disparaître en Arctique, entraînant le dérèglement de tout un écosystème marin

Objectif de la mission : comprendre la répartition et la diversité des principaux groupes de plancton. De 2009 à 2013, une première expédition menée par la fondation Tara Océan avait montré que la diversité et le rôle des différentes espèces de plancton variaient de manière très importante dans les océans selon leur latitude. Grâce à de nouvelles données, les scientifiques ont pu cartographier la répartition des espèces de plancton et appréhender leurs capacités d’adaptation face au changement climatique.

“Le plancton (microbes, virus, petits animaux marins) représente la base de la chaîne alimentaire dans les océans et fournit toutes sortes d’écosystèmes", explique Chris Bowler, directeur de recherche au CNRS. "C’est pourquoi il a un rôle particulièrement important et qu’il est nécessaire de comprendre son métabolisme”. En collaboration avec Lucie Zinger, Chris Bowler a mené un groupe de scientifiques pour analyser des données collectées sur un échantillon de 189 stations dans le monde pendant l’expédition de trois ans. “Nos résultats montrent clairement que la biodiversité planctonique est plus importante autour de l’équateur, et décroit autour des pôles”, a affirmé la codirectrice dans un communiqué de presse.

A chaque région son plancton

Cette différence observée par les scientifiques serait due à plusieurs paramètres, dont le principal est la température de l’eau, facteur clé de la répartition microbienne dans les océans. Entre les latitudes -40° et 40°, la répartition du plancton resterait stable, tandis que celle-ci change rapidement autour des latitudes -60 et 60° pour retrouver un nouvel équilibre mais avec un nouveau type de plancton, celui des eaux polaires. Dans les eaux les plus froides, la composition et la quantité des populations de plancton varieraient de façon importante selon les scientifiques.

Ces résultats montrent alors clairement que si la température de l’océan continue à augmenter, il y aura une “tropicalisation” de la biodiversité dans les régions tempérées et polaires. Ce phénomène pourrait entrainer, d’après l’étude, un changement de répartition et de la biodiversité du plancton dans ces zones océaniques.

Le plancton polaire menacé par le réchauffement climatique

“On s’est rendu compte que les mécanismes influençant la transcription génétique de certaines bactéries, et augmentant leur capacité d’adaptation à leur nouvel environnement, étaient très différents autour de l’équateur comparé aux pôles” rapporte Shinichi Sunagawa, professeur à l’ETH-Zürich. Le plancton des eaux tropicales auraient, selon les résultats de l’étude, plus de capacité à s’adapter à son environnement que le plancton qui se situe dans les eaux polaires. En effet, avec un patrimoine génétique flexible et une grande variété de populations, le plancton peut plus facilement s’ajuster aux changements de leur environnement dans les zones tropicales.

En région polaire, les populations sont plus restreintes et leur patrimoine génétique moins flexible. Le dérèglement climatique et le réchauffement des océans pose alors une réelle menace pour le plancton qui se situe autour des pôles et pourrait finalement être remplacés par des espèces plus adaptées, venant des eaux plus chaudes comme celles de l’Atlantique...

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