Conditions de logement dans deux communautés de Premières nations du Canada

Publié le 27.09.2011

Le lien entre logement, santé et justice est particulièrement manifeste dans le cas des populations autochtones canadiennes.

Dans la province du Manitoba, 50% des logements dans les réserves indiennes des Premières nations [1] tombent au dessous des normes minimales de salubrité et de sécurité émises par la SCHL [2], l’organisme national canadien responsable de l’habitation.

En 2006, les chefs de deux communautés des Premières nations du Manitoba - les Déné, au nord, sur le lac Brochet, et les Ojibway, au sud, à Valley River - ont demandé la création d’un partenariat avec des chercheurs en sciences biologiques et sociales de l’Université de Manitoba (les auteurs de cet article), afin d’étudier en détail les conditions de logement au sein des réserves.

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Maison-tombeau des Premières nations (Musée de Colombie Britannique)
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Auparavant, ces scientifiques avaient déjà eu l’occasion de travailler avec ces deux communautés, autour de questions liées à la santé.

  • Tout au long du siècle passé et au début de celui-ci, la communauté de Lac Brochet avait fait l’expérience de périodes de tuberculose endémique [3], entrecoupées d’épidémies. De 1999 à 2004, l’incidence annuelle moyenne de la tuberculose active y était de 636 cas pour 100 000 personnes. Une incidence plus importante de maladies du système nerveux central chez les adultes était également relevée.
  • La communauté de Valley River a aussi connu plusieurs épidémies de tuberculose dans la première moitié du XXe siècle, mais aucun cas récent. Ses représentants ont cependant exprimé leur inquiétude sur le risque que représentait l’exiguïté des logements, en tant qu’elle pourrait favoriser d’autres épidémies dans le futur. De fait, les nouvelles recherches entreprises ont confirmé que, pour les deux communautés, les maisons étaient bien plus petites que la moyenne. Dans la réserve de lac Brochet, 357 résidents permanents vivaient dans les 72 foyers étudiés (soit 5,2 personnes par logement), et dans Valley River, 227 résidents vivaient dans 57 habitations (soit 3,9 personnes par logement). Le surpeuplement était en général accentué par la fréquence des visites de membres de la famille ou d’amis pour la nuit. Les maisons étaient mal ventilées, et de nombreuses moisissures visibles, ces deux facteurs contribuant à une mauvaise qualité de l’air ambiant.

Si cette étude n’a pas démontré de relation de causalité directe entre logements surpeuplés et tuberculose, elle a cependant mis en évidence des interactions préoccupantes. Dans les endroits surpeuplés, les maladies contagieuses se transmettent plus facilement. Et une mauvaise ventilation facilite non seulement la propagation du Mycobacterium tuberculosis [4] mais également le développement de moisissures. Or il a pu être établi que ces dernières affectaient les défenses immunitaires des personnes qui y étaient exposées de façon chronique.

Dans le contexte de maladies infectieuses épidémiques et endémiques, la fourniture de logements décents et adaptés au mode de vie des peuples des Premières nations du Canada devrait être donc être promue comme prioritaire, à la fois sur le plan de la santé publique et de la politique sociale.

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]Les Premières nations désignent les populations autochtones canadiennes, premières populations présentes en Amérique du Nord.

[2]Société canadienne d’hypothèques et de logement - ou CMHC en anglais : Canadian Mortgage and Housing Corporation.

[3]Une maladie endémique est une maladie présente en permanence dans une région donnée ou au sein d’un groupe de personnes.

[4]Le bacille de la tuberculose.

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