Construire une ligne ferroviaire dans l’Arctique - Bâtir l’avenir au péril d’une culture

Publié le 07.09.2020 - Article d'Eilís Quinn du 18/09/2019 sur Regard sur l'Arctique (traduit de l'anglais par Danielle Jazzar)

Jussa Seurujarvi, un éleveur de rennes de 23 ans de la nation autochtone samie, se souvient encore du soulagement qu’il a éprouvé quand le projet de ligne ferroviaire dans l’Arctique, une vaste infrastructure qui devait traverser le nord de la Finlande et s’étendre jusqu’en Norvège, a été annulé par un rapport publié plus tôt cette année

Dans ce rapport, le groupe de travail finno-norvégien mis sur pied par le ministère finlandais des Transports et des Communications pour examiner le projet a conclu que les chargements de fret projetés ne pouvaient pas justifier le coût du projet de 3 milliards d’euros (4,4 milliards de dollars canadiens) ni les coûts exorbitants qu’entraînera la modernisation des infrastructures en Finlande du Sud pour ravitailler la nouvelle route.

La ligne ferroviaire en question aurait traversé des régions entières de pâturages de rennes dans l’Arctique finlandais et norvégien et mis les rennes en danger d’être heurtés par les trains ; elle aurait également accéléré le développement de l’Arctique et l’extraction des ressources qui, selon les Samis, mettent déjà à rude épreuve leur culture et leurs moyens de subsistance.

« La ligne de chemin de fer aurait divisé les pâturages d’hiver des familles autour de notre coopérative [d’élevage de rennes] », dit Jussa Seurujarvi, qui vient du village de Partakko.

« Nous subissons déjà énormément de pressions. Dans ma coopérative, ça fait 30 ans que l’exploitation forestière nous cause beaucoup de problèmes. Nous avons perdu tellement d’étendues de pâturages d’hiver que, de plus en plus, nous devons nourrir nos rennes avec du foin. Mais ça ne peut pas continuer comme ça. Les rennes ne sont ni des vaches, ni des moutons, ni des cochons ; ils appartiennent à la forêt et à la nature ; les éleveurs de rennes aussi ».

Même si ce sont des facteurs économiques qui ont fait échouer le projet ferroviaire, Jussa Seurujarvi était tout de même fier des efforts déployés par les Samis partout en Europe pour faire entendre leurs voix.

Pendant plus de deux ans, le Conseil sami – une ONG qui défend les droits et les intérêts panarctiques des quelque 100 000 à 150 000 Samis de Finlande, de Suède, de Norvège et de Russie peuplant ce qui est communément appelé Sapmi (Laponie) – et les parlements samis de Finlande, de Norvège et de Suède se sont battus contre ce projet...

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