D’anciens virus referont-ils surface avec le réchauffement climatique  ?

Publié le 10.02.2020 - Article de Nathalie Mayer du 25/01/2020 sur Futura

La planète entière tremble sous la menace du nouveau coronavirus apparu il y a quelques jours en Chine. Et la découverte de chercheurs dans les glaces de l’Himalaya n’est pas faite pour nous rassurer. Plusieurs virus jusqu’alors inconnus ont été mis au jour. Volontairement, cette fois, et sous contrôle. Mais le réchauffement climatique et la fonte des glaces ne risquent-ils pas de bientôt changer la donne ?

C’était en 2015. Il y a 5 ans déjà. Une équipe de chercheurs américains et chinois partait pour le Tibet. Objectif : forer les glaciers de l’Himalaya pour analyser ensuite les carottes ainsi extraites à la recherche des bactéries et autres virus qu’elles pourraient renfermer. Dans une pré-édition de leur article, on apprend qu’ils ont ainsi mis au jour pas moins de 33 virus dont 28 jusque-là inconnus de la science.

Ils ont été découverts dans une glace vieille de pas moins de 15.000 ans. À quelque 50 mètres de profondeur. Et pour s’assurer que ces échantillons ne soient pas contaminés par leur exposition à l’air moderne, les chercheurs ont suivi des protocoles très précis et rigoureux. D’autant que les concentrations en micro-organismes anciens dans de telles carottes sont extrêmement faibles par rapport à celles de l’environnement actuel. Les chercheurs ont ainsi été conduits à établir de nouvelles procédures d’échantillonnage ultra-propres applicables aux virus.

Il leur aura fallu s’installer dans une chambre froide portée à moins 5 °C et scier la couche la plus extérieure des carottes — soit une épaisseur de 0,5 cm — à l’aide d’une scie à ruban stérilisée. Puis, les carottes ont été lavées à l’éthanol afin de faire disparaître encore une autre couche probablement contaminée de 0,5 cm. Et les 0,5 cm suivants ont été nettoyés à l’eau stérile.

Pour les chercheurs, c’est sans grande surprise qu’ils ont alors mis au jour plusieurs virus jusqu’alors inconnus. Des virus assez différents d’une carotte à l’autre — l’une datant de 15.000 ans, l’autre de seulement 520 ans. Des différences sans doute révélatrices de conditions climatiques, elles aussi, dissemblables au moment de leur dépôt. Des différences qui fournissent donc des informations importantes aux chercheurs sur la manière dont les virus peuvent prospérer ou non en fonction des conditions environnementales.

Faut-il craindre la fonte des glaces  ?

Et l’occasion pour les scientifiques d’attirer l’attention du public sur une problématique nouvelle à laquelle ils se heurtent aujourd’hui : la fonte des glaces, résultat du réchauffement climatique. «  Dans le meilleur des cas, la fonte des glaces nous fera perdre des données microbiennes et virales précieuses qui pourraient nous renseigner sur les régimes climatiques passés de notre Planète  », expliquent les chercheurs dans leur article. Mais aussi l’évolution probable des populations de micro-organismes avec les variations climatiques à venir. «  Dans le pire des cas, le réchauffement climatique — et la nouvelle exploitation minière de régions auparavant inaccessibles — pourrait être à l’origine d’une libération de "nouveaux" agents pathogènes dans notre environnement ». 

Une crainte pas si folle au regard de quelques exemples survenus récemment. En 2016, au fin fond de la Sibérie, un enfant de 12 ans est mort après avoir été contracté la maladie du charbon — que l’on connait plus sous le nom d’anthrax. Une souche, semble-t-il, libérée par une carcasse de renne à l’occasion de la vague de chaleur qui a frappé la région durant l’été 2016.

En 2017, des chercheurs avaient découvert, dans le pergélisol, un virus géant vieux de 30.000 ans. Et ils étaient parvenus, sous contrôle, à le réactiver pour infecter une amibe unicellulaire. Une preuve que les virus peuvent survivre, au moins 30.000 ans. Comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes car les médecins modernes, bien sûr, n’ont jamais eu à traiter ce type d’infections. Sans remonter aussi loin, la fonte des glaces pourrait donner une seconde chance aux virus qui ont propagé, par exemple, la dévastatrice grippe espagnole de 1918. Gardons tout de même à l’esprit que la plupart des micro-organismes enfermés dans les glaces ne sont pas dangereux pour les Hommes.

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