Découverte d’une nouvelle espèce fossile de Ginkgoales au Svalbard

Publié le 20.07.2017

Les contrées inhospitalières peuvent réserver de bonnes surprises aux chercheurs qui veulent bien se donner la peine de les explorer. Ainsi, des plantes fossiles (Ginkgoales) ont été découvertes sous les hautes latitudes de l’archipel du Svalbard.

L’ordre des Ginkgoales [1] fait partie de l’embranchement des gymnospermes [2]. Il n’est plus représenté actuellement que par une seule espèce : le Gingko biloba L. [3] nommé aussi « arbre aux quarante écus » ou « arbre aux mille écus ». En effet, ses feuilles en forme d’éventail fréquemment bilobées (divisées en deux lobes) arborent une couleur dorée en automne et se déposent au pied de l’arbre en un tapis jaune intense rappelant l’éclat de l’or.

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Feuilles et ovules de Gingko biloba en automne
Crédit photo : Kurt Stüber
Certains droits réservés : Licence Creative Commons-CC BY-SA 3.0

Cette espèce a parfois été qualifiée de « fossile vivant » car c’est la seule représentante actuelle de la famille des Ginkgoaceae, famille la plus ancienne d’arbres connue à ce jour puisqu’elle existerait depuis plus de 270 millions d’années. C’est une espèce dioïque, dont les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. Cette espèce aurait survécu à l’extinction dans certaines régions d’Extrême-Orient, en particulier dans la partie sud-ouest de la Chine et plus particulièrement dans les provinces de Chongqing, Guizhou, Gansu ou Guangdong. Selon certains chercheurs, son aire de distribution d’origine pourrait se situer dans les forêts localisées le long du fleuve Yang-Tsé-Kiang (ou Yang-Tsé). L’étude des fossiles issus de l’ordre des Ginkgoales, datés du Permien supérieur (- 258 millions d’années) au Cénozoïque inférieur (- 34 millions d’années), indique qu’ils représentaient la majeure partie de la végétation dans certaines régions et qu’ils étaient présents dans le monde entier, incluant bien sûr l’archipel du Svalbard.

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Feuilles de Gingko biloba
Crédit photo : Schnobby
Certains droits réservés : Licence Creative Commons-CC BY-SA 3.0

Cet archipel, qui est en grande partie recouvert par de la glace et des glaciers, est aujourd’hui connu pour son environnement arctique. Sa végétation actuelle est typique de celle d’une toundra arctique. Une nouvelle espèce de Ginkgoales a été découverte à l’est du Spitzberg, sur l’île de Edgeøya, au lieu-dit Kvalpynten, dans une formation datant du Trias supérieur, plus précisément du Carnien (- 230 à - 220 millions d’années). Elle a été nommée Baiera aquilonia. Une autre espèce provient de la partie occidentale du Spitzberg, découverte au lieu-dit Bohemanneset, dans la formation Helvetiafjellet datant du Crétacé inférieur, plus précisément de l’Aptien (- 114 à - 108 millions d’années). Elle a été nommée Ginkgoites sp.. Il est à noter que la morphologie de ses feuilles ressemble à celle du seul « survivant » de la lignée qui est le Gingko biloba déjà décrit ci-dessus. Les chercheurs ont déterminé qu’au Svalbard, au tout début du Paléocène (- 66 à - 65 millions d’années), seuls quelques représentants des Ginkgoales ont survécu. Le groupe a échappé de peu à l’extinction, mais à ce jour, aucun spécimen présentant un âge plus récent que celui du Paléocène n’a été retrouvé.

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Le glacier Burgerbukta au Svalbard
Crédit photo : Gary Bembridge
Certains droits réservés : Licence Creative Commons-CC BY-SA 2.0

Les scientifiques estiment que cela pourrait être la conséquence du refroidissement du climat de l’archipel durant cette période et/ou de la soudaine apparition de concurrents de la lignée des angiospermes [4] (plantes à fleurs), mieux adaptés aux sévères conditions environnementales, ce qui aurait conduit les Ginkgoales (gymnospermes) à l’extinction sur l’archipel au cours du Paléocène supérieur. En effet, les chercheurs ont estimé que durant la période s’étendant du Trias supérieur (- 205 millions d’années) au Crétacé inférieur (- 96 millions d’années), l’archipel bénéficiait d’un climat et d’une végétation caractéristiques d’une zone subtropicale, avec peut-être une saisonnalité réduite mais toujours avec un climat humide. Les plantes fossiles du Cénozoïque (- 65 millions d’années à l’époque actuelle) révèlent que le climat était strictement tempéré avec des saisons bien marquées. C’est seulement à la fin du Cénozoïque que le climat changea radicalement pour devenir le climat arctique que nous connaissons aujourd’hui.

Il est encore difficile d’imaginer qu’à une époque, certes lointaine, des Ginkgoales s’épanouissaient au Svalbard, alors que les derniers représentants de cette lignée n’ont survécu que dans des régions tropicales ou subtropicales de l’Asie du Sud-Est. Une fois encore, les variations climatiques semblent avoir été l’un des moteurs du changement dans l’écosystème. Ces preuves paléontologiques devraient nous alerter sur les conséquences du réchauffement anthropique actuel affectant l’ensemble des écosystèmes de la planète, l’homme étant à la fois acteur et victime de ce bouleversement environnemental.

Ludovic Hamiaux, INIST-CNRS

[1]Lien Wikipédia sur Ginkgoales.

[2]Lien Wikipédia sur gymnospermes.

[3]Lien Wikipédia sur Gingko biloba.

[4]Lien Wikipédia sur angiospermes.

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