Déplacements saisonniers des femelles de harfang des neiges nichant dans le nord-ouest de l’Arctique américain

Publié le 30.07.2018

Le harfang des neiges, Bubo scandiacus, est un rapace circumpolaire qui niche dans la toundra arctique. Les chercheurs ont étudié le nomadisme étendu de ces rapaces entre les zones d’estivage et d’hivernage, dans l’ouest de l’Arctique canadien.

Cette espèce est connue pour avoir un régime alimentaire spécialisé pendant la période de reproduction où elle consomme presque exclusivement des lemmings. Sa densité de population varie fortement selon les années, au niveau local ou régional, principalement en réponse aux variations de l’abondance des proies. Cet oiseau niche dans des lieux très éloignés d’une année à l’autre et peut avoir un taux de reproduction très élevé quand les lemmings pullulent.

Cependant, en dehors de la saison de reproduction, les harfangs des neiges sont capables d’élargir leur régime alimentaire de base et ils chassent avec succès une grande variété de proies incluant des oiseaux d’eau, d’autres rapaces, des gallinacés [1] , des rongeurs de taille petite ou moyenne et des lagomorphes (lièvres et lapins).

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Mâle adulte de Bubo scandiacus - Le plumage est plus blanc que celui de la femelle
Crédit photo : Bill Button
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Selon les régions de l’Arctique, l’amplitude de déplacement varie en latitude. Dans certaines zones, les individus passent la saison non reproductive sur la toundra arctique, sur la glace de mer ou sur des prairies ou des champs cultivés près de la côte ou au sud du biome [2] boréal. Dans d’autres régions, ils n’ont pas été observés au sud de la forêt boréale ni dans les forêts tempérées. Dans l’Arctique ouest américain, ils survivent sur la banquise mais résident principalement sur la toundra et dans les montagnes du nord. Au cours d’une même saison, ces oiseaux peuvent choisir un mélange de ces différents types de vastes paysages où ils peuvent s’installer pour des semaines ou des mois.

L’étude présente avait pour but d’observer une population de harfangs située dans le territoire du Yukon, dans une zone non encore étudiée.

Les résultats montrent que les harfangs ne sont pas fidèles à leurs aires de résidence d’été et d’hiver, ils utilisent rarement les mêmes lieux d’une année sur l’autre. L’espèce apparaît comme fortement nomade, voyageant longuement à la recherche des sites de reproduction et des zones d’hivernage. Les chercheurs interprètent ces parcours sur de longues distances comme des prospections pour trouver des lieux où les proies sont abondantes. Cependant, les observations concernent des comparaisons sur un petit nombre d’années et il est possible que sur une longue période, ces rapaces à la longévité assez élevée (environ 9 ans) finissent par être bien familiarisés avec la vaste région qu’ils traversent et s’installent sur des zones bien connues d’eux.

Les harfangs choisissent les lieux les plus riches en proies. Les chercheurs ont vérifié que des pics saisonniers d’abondance des proies se produisaient sur les sites de nidification de ces oiseaux. La densité des proies détermine la fécondité des rapaces. Ils ont observé une taille moyenne de couvée de 5,75 œufs quand le nombre de proies est limité et de 7 à 11 œufs quand elles sont abondantes.

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Harfang en vol
Crédit photo : David Hemmings
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Les harfangs hivernent dans des habitats ouverts où les espèces de proies boréales sont assez abondantes, telles que les lièvres variables et les lagopèdes. Ces deux espèces ont aussi des densités de population très fluctuantes avec parfois une synchronisation de leurs pics d’abondance. La difficulté pour les rapaces est de choisir la bonne aire au moment des pullulations des proies, compte tenu du fait que l’abondance des lièvres varie fortement d’une année à l’autre et que les lagopèdes migrent sur de grandes distances entre l’hiver et l’été et sur des périodes très variables.

Les harfangs utilisent souvent les mêmes types de paysage durant les hivers successifs, peut-être parce qu’ils se spécialisent dans une stratégie de chasse particulière. En effet, il est possible que ces oiseaux apprennent à chasser efficacement un type particulier de proie (par exemple les canards ou les lagopèdes et lièvres ou les rongeurs) et choisissent de retourner dans les lieux où ils peuvent trouver ces types de proies même si la répartition géographique de celles-ci varie beaucoup selon les années.

Les observations ont montré que les harfangs bagués de l’ouest de l’Arctique n’hivernent pas dans des prairies situées au sud du biome boréal. Tous les sites d’hivernage se trouvaient dans les montagnes du nord-ouest. Cependant, ces résultats demandent à être confirmés car les échantillons sont petits et les femelles adultes hivernent plus au nord que les jeunes femelles et les mâles. Dans toute la zone arctique américaine, les femelles adultes hivernent dans les hautes latitudes, en zone arctique ou subarctique, cela semble être la stratégie des harfangs d’Amérique du Nord. Ces rapaces semblent préférer les larges espaces ouverts de toundra ou de buissons épars et de forêts clairsemées car ces paysages ouverts sont essentiels pour cette espèce de rapace qui utilise plus souvent la méthode du perchage que le survol pour détecter ses proies.

Afin de mieux évaluer les menaces pouvant peser sur le harfang des neiges, causées par le changement climatique et l’empreinte humaine croissante, des recherches plus détaillées sont nécessaires concernant son régime alimentaire et ses préférences d’habitat à petite échelle.

Isabelle Gomez, INIST-CNRS

[1]Ou Galliformes voir Wikipedia

[2]Un biome appelé aussi macroécosystème, est un ensemble d’écosystèmes caractéristique d’une aire biogéographique et nommé à partir de la végétation et des espèces animales qui y prédominent et y sont adaptées. Le terme biome boréal est synonyme de taïga, forêt de résineux située au sud de la toundra arctique. Wikipedia

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