Des baies pour lutter contre l’obésité ?

Publié le 18.10.2010

Les petits fruits des arbustes sauvages des régions nordiques constituent une source de molécules pharmacologiquement actives qui pourraient prévenir des troubles métaboliques tels que l’obésité et le diabète, très fréquents parmi les populations autochtones.

Durant les vingt dernières années a eu lieu une augmentation spectaculaire de l’incidence de l’obésité et du diabète de type 2 aux Etats-Unis. En 2008, 68% de la population était considérée comme en surpoids [1], pourcentage parmi lequel on comptait 33,8% d’obèses [2].

Le groupe ethnique constitué par les amérindiens et les peuples indigènes d’Alaska présente un taux encore plus élevé, phénomène attribué à l’adoption d’un mode de vie « à l’occidentale » associant une alimentation trop calorique à une activité physique modérée. [3]

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Pièce de deux euros finlandaise
Photo :Ivan Walsh Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Les baies sauvages qui poussent dans le nord de l’Amérique sont des éléments de base aussi bien de la nourriture que de la pharmacopée traditionnelle des tribus arctiques. Des chercheurs ont eu l’idée d’évaluer leur efficacité potentielle contre l’obésité et le diabète de type 2. Ils ont sélectionné cinq espèces parmi les plus récoltées en Alaska :

  • d’une part, Vaccinium ovalifolium (« airelle à feuilles ovées »), Vaccinium uligisosum (« myrtille des marais »), et Empetrum nigrum (« camarine noire »), toutes trois appartenant à la même famille que les myrtilles.
  • d’autre part, Rubus chamaemorus (« plaquebière » ou « ronce des tourbières ») et Rubus spectabilis (« ronce remarquable » ou « baie à saumon ») qui ressemblent plus aux mûres et aux framboises connues en France. La plaquebière est typique des pays nordiques où son fruit est utilisé pour les confitures. Sa représentation sur la pièce de deux euros finlandaise révèle son importance culturelle.

La communauté locale a été fortement impliquée dans les phases d’identification et de cueillette de ces cinq plantes.

Une analyse chimique des constituants polyphénoliques (substances à activité antioxydante) a été réalisée pour chacune des espèces, portant notamment sur la richesse en anthocyanines [4] et proanthocyanidines [5]. En effet, plusieurs travaux récents ont montré pour ces deux derniers composés des propriétés de régulation des adipocytes (cellules spécialisées dans le stockage de la graisse) et des marqueurs génétiques associés à l’obésité.

Des tests in vitro sur des cellules adipeuses, complétés par des essais sur des modèles de souris hyperglycémiques (qui ont trop de glucose dans le sang), ont été utilisés pour rechercher les éventuelles activités bénéfiques de chaque plante sur l’obésité et le diabète.

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Myrtille des marais
Photo : Khianti Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Les résultats montrent une forte variabilité de la teneur en polyphénols selon l’espèce étudiée et, au sein de la même espèce, selon l’endroit où chaque plante a été récoltée, chaque endroit étant associé à des conditions climatiques bien précises. La même disparité a été retrouvée concernant les efficacités in vitro et in vivo : alors que certains échantillons présentent une activité égale à la metformine, un médicament antidiabétique reconnu, d’autres ont une efficacité beaucoup plus modérée. Cette restriction mise à part, les résultats globalement positifs conduisent les auteurs à recommander fortement la pratique de la récolte et de la consommation de ces baies sauvages : outre leur intérêt du point de vue nutritionnel et thérapeutique, la cueillette de ces petits fruits permet aussi aux jeunes membres des communautés amérindiennes de faire de l’exercice en plein air en compagnie de leurs aînés, tout en exerçant leur mémoire et leurs capacités d’observation indispensables pour l’identification des plantes.

Cette étude constitue donc une validation scientifique des perceptions ancestrales des vertus médicinales de ces végétaux. Cependant, la forte disparité des teneurs en principes actifs entre les différents spécimens de la même plante, selon les sites de récolte et selon les conditions climatiques rencontrées lors de la croissance des arbustes, inquiète les chercheurs : les propriétés pharmacologiques ainsi mises en évidence seront-elles conservées s’il se produit un important changement climatique ?


Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

[1]L’indicateur utilisé par l’OMS est l’indice de masse corporelle ou IMC (= Masse / (Taille)²). Un individu ayant un IMC compris entre 25 et 30 est considéré comme en surpoids, au-delà de 30, on parle d’obésité.

[2]Source : JAMA.

[3]Voir le dossier : Des hommes victimes de "l’occidentalisation" des modes de vie : le modèle des Inuits.

[4]Pigments naturels, solubles dans l’eau, allant du rouge au bleu.

[5]Tanins condensés.

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