Des hommes victimes de "l’occidentalisation" des modes de vie : le modèle des Inuits

Publié le 04.12.2007

Certains comportements modernes tels que ne plus participer à rechercher de quoi vivre, modifier ses habitudes alimentaires, devenir sédentaire, représentent un risque nouveau pour une grande partie de l’humanité, dont les Inuits, au XXIe siècle.

La migration très ancienne des hommes dans la région arctique a représenté un cas unique d’adaptation aux dimensions multiples : biologiques, comportementales, alimentaires... L’arrivée (trop ?) rapide du monde dit "moderne" au sein de ces populations est alors observée avec la plus grande attention : comment mieux comprendre les méfaits de l’abandon de certains modes de vie ?

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Famille inuite (1917)
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Tout a changé pour les communautés vivant en Arctique : la nourriture, les activités, les occupations sociales, les liens avec la "nature", leur notion du bien-être. Aujourd’hui, d’autres bouleversements (politiques, économiques, sociaux et même écologiques) accélèrent les conséquences sanitaires de ces nouvelles façons de vivre, dites "à l’occidentale".
On retrouve chez les Inuits des spécificités morphologiques, mais aussi biologiques, traces d’une réelle "acclimatation" qui pourraient les rendre plus vulnérables.

Nous aborderons ici différents aspects de la vie des indigènes de l’univers circumpolaire nord : le moment de la migration de leurs ancêtres aux pôles, leur adaptation métabolique et comportementale, les maladies chroniques qui les guettent, en passant par les menaces dues à la pollution, et les mutations sociales.

L’homme moderne en Arctique

On sait aujourd’hui que nos ancêtres ont migré du sud vers le nord, depuis l’Afrique, leur berceau. L’ancêtre de l’Homo sapiens, "l’homme moderne", dernier-né des hominidés, aurait été apte à coloniser l’Arctique durant une période climatique favorable, il y a quelque 150 000 ans. L’homme a ensuite abandonné ces régions au plus froid de la période glaciaire, il y a plus de 20 000 ans. Il y est revenu peu à peu.

C’est seulement il y a 1 000 ans qu’un réchauffement médiéval rend vraiment le pôle Nord plus hospitalier ; durant une période appelée "optimum climatique médiéval", l’ensemble de la région arctique est alors entièrement peuplé.

Mais l’hémisphère nord a connu ensuite un net refroidissement. A partir du XIVe siècle, on décrit la venue de ce qu’on nomme "la petite ère glaciaire", et ceci jusqu’au XIXe siècle, avec un minimum thermique au XVIIe siècle. Le climat en Arctique interdit alors l’agriculture et fait disparaître des forêts. Toutefois, ce ne sont que des fluctuations du climat alors que nous sommes, encore aujourd’hui, dans une période chaude d’une période interglaciaire, qui remonte à environ 10 000-13 000 ans[1].

"Transition épidémiologique" : métabolisme, surpoids, diabète, cœur, des liens complexes

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Enfants du village inuit de Puvirnituq, Nunavik, Québec, Canada
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Pour les zones arctiques isolées durant des siècles, en moins de trente ans, nos règles du jeu occidentales sont devenues le modèle imposé ou à suivre. Selon les auteurs, des erreurs ont parfois été commises et contribuent aujourd’hui encore à mettre en péril ces peuples. Une étude récente sur l’état de santé des enfants au Groenland montre que le surpoids et l’obésité a triplé en vingt ans, et la mortalité y est même plus élevée qu’en Occident. Ceci est bien une menace réelle[2].

Pour l’humanité, les maladies cardiovasculaires dues à l’athérosclérose [1], fortement liées au diabète, au surpoids et à des comportements à risque comme le tabagisme, restent la première cause de décès dans le monde depuis la deuxième moitié du XXe siècle, c’est-à-dire depuis les combats gagnés contre certaines maladies infectieuses.

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Enfants du village inuit de Puvirnituq, Nunavik, Québec Canada
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C’est une certitude : au centre et à l’origine de la spirale de déséquilibres métaboliques, on retrouve toujours le tissu adipeux, dont la répartition dans le corps est bien sûr le fruit de l’évolution, mais aussi des conditions de vie in utero ou postnatales. Il conditionnerait le métabolisme de façon durable et serait transmissible aux générations suivantes. Ce stock qui se constitue dans les premiers mois et/ou années, mais aussi au moment de la puberté serait donc en quelque sorte "programmé". Les cellules adipeuses, on le sait, ont la faculté d’augmenter de volume pour bâtir la masse grasse, la partie "réserve de graisse" du poids corporel d’un sujet, en fonction principalement de son mode de vie. Le syndrome métabolique

L’extension de l’obésité et du diabète dans la plupart des pays industrialisés riches, parfois appelée "diabésité", prédisposant aux maladies cardiovasculaires, est emblématique des changements d’hygiène de vie mais reste en définitive obscure dans ses causes et atteint maintenant les populations arctiques[3].

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Ulrik, Inuit sur sa moto-neige
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Les complications métaboliques sont en partie liées au tissu adipeux viscéral (ou central), situé dans la cavité abdominale, présentant la particularité de dégager rapidement de l’énergie (lipides tels que les triglycérides) [