Des palmiers dans l’Arctique

Publié le 08.04.2010

Contre toute attente, des scientifiques viennent de mettre en Ă©vidence la prĂ©sence de palmiers datant d’environ 50 millions d’annĂ©es dans l’Arctique. Cette dĂ©couverte va Ă  l’encontre des modĂ©lisations palĂ©oclimatiques rĂ©alisĂ©es jusqu’à prĂ©sent pour cette rĂ©gion et cette pĂ©riode.

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Palmiers
CrĂ©dit photo : Damien RouĂ©
Certains droits rĂ©servĂ©s : Licence Creative Commons

Des pollens d’Arecipites microreticulates appartenant Ă  la famille des palmiers (Arecaceae ou Palmae) viennent d’ĂŞtre identifiĂ©s par une Ă©quipe internationale de chercheurs, dans une carotte de sĂ©diments prĂ©levĂ©e dans l’ocĂ©an Arctique, sur la dorsale de Lomonosov (voir carte).

Le forage, rĂ©alisĂ© dans le cadre du programme de forage en mer IODP (Integrated Ocean Drilling Program), traverse des sĂ©diments marins qui caractĂ©risent le maximum thermique 2 de l’Eocène appelĂ© ETM2 (voir encadrĂ©).

La quantité importante de composants d’origine continentale retrouvée dans ces sédiments indique que le site du forage correspondait il y a 50 millions d’années à une zone proche des terres émergées. L’étude des dinoflagellés (organismes phytoplanctoniques des eaux marines ou saumâtres tempérées et chaudes) retrouvés dans les niveaux de l’ETM2 décèle des espèces tolérantes à une faible salinité des eaux de surface, ainsi que des conditions riches en éléments nutritifs. Les chercheurs en ont conclu que les eaux de surface de l’océan Arctique étaient alors significativement propices à une eutrophisation (accumulation de matière carbonée, azotée et/ou phosphatée dans une eau stagnante, entraînant une prolifération végétale) ainsi qu’à un enrichissement en eau douce, probablement explicable par une augmentation des précipitations atmosphériques et par l’apport important des rivières se déversant dans l’océan.

La prĂ©sence de pollens de palmiers au cours de l’ETM2 dans cette partie de l’ocĂ©an Arctique atteste d’un certain rĂ©chauffement climatique. En effet, les chercheurs ont estimĂ© que ces palmiers ne pouvaient pas survivre si la moyenne des tempĂ©ratures des mois les plus froids Ă©tait infĂ©rieure Ă  8 °C. Il est Ă  noter que c’est la première fois que des pollens de palmiers sont signalĂ©s Ă  d’aussi hautes latitudes.

Cette dĂ©couverte contredit de ce fait les modĂ©lisations palĂ©oclimatiques rĂ©alisĂ©es jusqu’à prĂ©sent sur l’ETM2, car celles-ci prĂ©voyaient une moyenne des tempĂ©ratures des mois les plus froids en dessous de 0 °C, bien plus froid que les 8 °C nĂ©cessaires Ă  la survie des palmiers. Les chercheurs proposent une hypothèse assez surprenante pour expliquer ce dĂ©calage. Ils suggĂ©rent que de nouveaux types de nuages seraient apparus en Arctique pendant le rĂ©chauffement de l’ETM2. Ils auraient piĂ©gĂ© davantage de chaleur et accĂ©lĂ©rĂ© ainsi le rĂ©chauffement, un peu Ă  la manière d’une couverture.

La compréhension de ces phénomènes du passé est primordiale dans le contexte actuel où les températures dans l’Arctique ne cessent d’augmenter. Elle pourrait nous faire entrevoir ce que le climat de la planète nous réserve.

Maximum thermique 2 de l’ Eocène ou ETM2 (Eocene Thermal Maximum 2)

Phase de rĂ©chauffement climatique qualifiĂ©e "d’hyperthermique", au sein d’une tendance climatique dĂ©jĂ  marquĂ©e par un rĂ©chauffement. Celui-ci s’est produit il y a 53,5 millions d’annĂ©es, Ă  l’Eocène infĂ©rieur, certainement induit par une augmentation brutale de la concentration en dioxyde de carbone dans l’atmosphère. Les chercheurs ont montrĂ© que la tempĂ©rature de l’eau de surface de l’ocĂ©an Arctique s’est accrue de 3 Ă  5 °C au cours de l’ETM2.

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Carte topographique et bathymĂ©trique de l’Arctique. La dorsale de Lomonosov est au centre de l’ocĂ©an Arctique
CrĂ©dit : Hugo Ahlenius, UNEP/GRID-Arendal
Agrandissement de la carte : UNEG/GRID-Arendal

Ludovic Hamiaux, INIST-CNRS

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