Effet de la discrimination sur la santé perçue chez les Samis

Publié le 30.09.2010

Être victime de discrimination peut avoir les conséquences les plus néfastes sur la santé des personnes. Les mécanismes à l’œuvre dans ce type de relation restent obscurs. [1]

De 1850 à 1959 le gouvernement norvégien a mené une politique d’assimilation forcée des Samis, destinée à modifier leurs valeurs de base et leur mode de vie, en les contraignant par exemple à adopter la langue norvégienne. Cette entreprise d’assimilation a souvent eu pour conséquences la stigmatisation de l’identité, du langage et de la culture samies.

Aujourd’hui, cependant, la situation a changé. Un tournant a été le "Conflit de l’Alta" (Alta Dispute, 1979-1981), lors duquel l’opposition d’activistes samis au projet de construction d’un barrage sur la rivière Alta a valu à la cause samie un fort soutien national et international. L’affaire a débouché à la fin des années 1980 sur d’importants changements législatifs et plusieurs mesures concrètes dans la direction d’une reconnaissance des Samis comme minorité autochtone des États-nations circumpolaires.

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Famille samie en costume traditionnel
Photo : Morten Oddvik Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Les Samis sont donc sur le chemin de l’égalité, et sont en tout cas moins désavantagés socialement que d’autres peuples indigènes, aussi bien sur le plan de la santé, de la recherche, de l’art, que du pouvoir politique. Toutefois, comparés à la population norvégienne majoritaire, les Samis risquent davantage de se retrouver confrontés à la discrimination ethnique, au harcèlement, aux brimades.

Reprenant les données de l’enquête SAMINOR (2003-2004), une étude de la santé et des conditions de vie dans le nord de la Norvège, les auteurs de cet article ont évalué la prévalence, dans l’aire administrative de la langue same [2] des problèmes de santé perçus. Il s’agissait de voir si l’ethnie (Samis, Kvènes [3], population majoritaire) était associée à l’autoperception de la santé, et si oui de déterminer si une telle relation pouvait s’expliquer par des facteurs tels que la discrimination ethnique ou le statut socio-économique. Ainsi, parmi les Samis, environ quatre hommes sur dix et une femme sur trois ont dit avoir "souvent" ou "parfois" fait l’expérience de discriminations. Les Samis et les Kvènes ont jugé leur santé comme plus pauvre que la population majoritaire, les femmes plus que les hommes. Les Kvènes ont été ceux qui se sont jugés en moins bonne santé. Les participants qui ont dit être célibataires, fréquemment en butte aux discriminations, avoir les niveaux d’études les plus bas, et les moins à l’aise financièrement, ont rapporté les problèmes de santé les plus graves. Enfin, les différences ethniques en ce qui concerne la santé perçue ont montré une variation selon les groupes d’âge ; les différences devenant significatives à partir de la tranche 51-55 ans, pour devenir vraiment marquées à partir de 56-60 ans.

Ces résultats semblent donc confirmer une association significative entre ethnie et santé perçue, ainsi qu’entre discrimination et inégalités en matière de santé selon l’appartenance ethnique. Or, le renouveau culturel sami en Norvège a eu des résultats variables sur le plan géographique. En effet, le processus d’assimilation (de "discrimination institutionnelle") l’ayant précédé avait eu l’impact le plus important sur les communautés côtières [4]. Dans ces régions, la discrimination et les conflits relatifs aux droits de la terre et à l’adoption de la langue same dans le système scolaire public sont encore bien réels. Il existe moins de systèmes de protection et de soutien de la culture samie. C’est ainsi que la prévalence des problèmes de santé est plus importante dans ces zones que dans l’aire administrative. Ce phénomène permettrait également d’expliquer pourquoi, dans cette dernière, ce sont les Kvènes qui disent avoir le plus de soucis de santé : ils y sont, en effet, un groupe minoritaire, dont la culture et l’identité manquent du soutien apporté aux peuples samis, alors que des institutions spécifiquement kvènes n’ont pas encore été créées. De tels résultats soulignent en tout cas que la discrimination ethnique gagne à être considérée selon une perspective sanitaire prenant en compte la dimension du genre. En effet, les femmes, fréquemment victimes de discrimination, rapportent un moins bon état de santé que les hommes dans une situation comparable.

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]Voir aussi : Passé colonial et santé publique. chez les peuples autochtones des régions arctiques, regroupant des liens vers des articles de notre site apportant divers éclairages autour de ce thème.

[2]Partie du territoire norvégien où la loi reconnaît la langue same comme une des langues norvégiennes officielles.

[3]Une des cinq minorités ethniques de la Norvège qui parle le kvène, langue proche du finnois.

[4]En dehors de l’aire administrative sur laquelle a porté cette étude.

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