« En Arctique, on joue clairement aux apprentis sorciers avec le climat »

Publié le 18.09.2020 - Entretien avec Mikaa Mered - Propos recueillis par Christelle Guibert et publiés le 25/06/2020 sur Ouest-France

Depuis le printemps, les températures battent des records au-delà du cercle polaire. Le climat se réchauffe deux à trois fois plus vite dans cette région du globe et cela a des conséquences sur son développement, analyse le spécialiste des pôles Mikaa Mered

La carte de la partie orientale de la Sibérie, en Russie, s’est constellée de températures records sur les sites de météorologie du monde entier, ces dernières semaines. Avec un 38 °C enregistré à Verkhoïansk, au-delà du cercle polaire arctique.

Ce réchauffement climatique, qui s’accélère dans toute la région. Les huit pays de l’Arctique : la Norvège, la Suède, la Finlande, la Russie, les États-Unis (avec l’Alaska), le Canada, le Danemark (avec le Groenland) et l’Islande font face à de nouveaux défis, dont les feux de forêts à répétition qui dévorent la forêt boréale.

Entretien avec Mikaa Mered, professeur de géopolitiques des pôles arctique et antarctique, à l’Institut libre d’étude des relations internationales (Ileri) à Paris :

38° au-delà du cercle polaire ! Êtes-vous surpris par ces phénomènes météorologiques extrêmes ?

Je ne suis pas un spécialiste de météorologie mais la géopolitique des Pôles commence par ça. Le vrai danger, en Arctique, c’est ce cercle vicieux climatique qui s’auto-entretient. Plus la région chauffe, plus la banquise rétrécit, moins il y a de surface blanche pour renvoyer les rayons du soleil vers l’atmosphère, et ces derniers sont davantage absorbés par l’océan, qui, à son tour, se réchauffe.

Ce réchauffement général provoque des dérèglements du vortex polaire, ces zones de basses pressions qui font le tour de l’Arctique et maintenaient une forme d’hermétisme entre l’Arctique et le reste de l’hémisphère nord. Maintenant, le vortex polaire est déréglé tous les hivers : des masses d’air chaud venant du sud restent emprisonnées sur l’Arctique.

L’hiver est de plus en plus chaud, ce qui provoque des printemps puis des étés chauds. Avec pour conséquence le dégel du pergélisol (permafrost, en anglais), la recrudescence de feux de forêts et, en bout de chaîne, le rétrécissement de la banquise.

Ces feux géants dévorent davantage de forêt boréale chaque année et semblent échapper à tout contrôle, pourquoi ?

L’Arctique est une région extrêmement vaste, d’environ 20 millions de km2 - océan et terres comprises -, mais qui n’est peuplé que de quatre millions de personnes. Cette population ne constitue pas une force suffisante capable de lutter contre ces feux. Elle est aussi éloignée des décideurs politiques de leur pays, puisque les capitales se situent toutes au sud du cercle polaire.

Certains pays n’ont clairement pas les moyens de faire face aux incendies. La Russie et le Canada en ont, mais ils restent dérisoires au fur et à mesure que les feux de forêts non seulement se multiplient mais couvrent des espaces de plus en plus grands. D’un point de vue politiques publiques, pour un gouvernement, tout est plus compliqué en Arctique qu’en Méditerranée...

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