En Arctique, une mission océanographique audacieuse

Publié le 30.07.2020 - Article de Denis Sergent du 21/06/2020 sur La Croix

La mission internationale d’étude de l’océan Arctique Mosaic, enrôlant successivement 600 scientifiques durant plus d’un an, devrait rapporter de précieuses données sur la banquise, l’un des points faibles des modèles climatiques du GIEC

« Se laisser porter par la dérive polaire, s’écoulant d’est en ouest, durant l’hiver et dans la nuit noire, en plein cœur de l’océan Arctique, avec le relais de 600 chercheurs et techniciens, voilà qui est une première », reconnaît Jean-Claude Gascard. Cet océanographe émérite a coorganisé la dérive polaire du voilier français Tara en 2006-2007. « Jamais encore un bateau de surface n’était autant monté au nord en hiver », précise Markus Rex, climatologue à l’Institut allemand Alfred-Wegener sur le site de Potsdam, chef d’expédition de Mosaic, sur le site Internet.

Une expédition exceptionnelle

Partie de Tromso, dans le nord de la Norvège, le 20 septembre 2019, « Mosaic est une expédition extraordinaire par son objectif interdisciplinaire, ses sites de mesure quasi inaccessibles et son ampleur », souligne Christine Provost, océanographe au CNRS au laboratoire Locean. « Elle doit rapporter des données cruciales sur l’épaisseur de la banquise, qui nous permettront d’affiner les modèles climatiques du GIEC ».

Mosaic, acronyme anglais d’« Observatoire multidisciplinaire dérivant pour l’étude du climat arctique », est une exploration à la fois géniale et audacieuse inspirée de celle de la goélette Fram du Norvégien Fridtjof Nansen en 1893-1896, par la première station dérivante habitée du Russe Ivan Papanine en 1937, et enfin par la goélette Tara.

L’idée ? « Faire de la banquise un laboratoire naturel flottant », résume Marylou Athanase, 25 ans, doctorante en océanographie, embarquée sur l’Akademik Fyodorov, qui a rejoint le Polarstern durant quinze jours.

Une logistique bien réfléchie

Centrée autour du Polarstern – le brise-glace de l’Institut Alfred-Wegener qui s’est amarré à une grande plaque de la banquise –, la mission a pour objectif « d’étudier à la fois l’atmosphère, l’océan, la mer de glace, l’écosystème (phytoplancton) et la biogéochimie pour recueillir des données évaluant l’impact du changement climatique sur la région et le monde », détaille Markus Rex, qui a préparé cette mission durant dix ans.

« Aucune autre partie de la Terre que l’Arctique ne s’est réchauffée aussi vite ces quatre dernières décennies, la glace de mer ayant perdu 75 % de son volume », ajoute le climatologue. « C’est ici que se situe quasiment l’épicentre du réchauffement global ». L’équipe sera ravitaillée par des brise-glaces russe, suédois et chinois, et l’équipage et les chercheurs tourneront tous les trois mois...

Lire la suite sur La Croix