En Sibérie, le retour tristement banal des incendies

Publié le 21.07.2020 - Article d'Olivier Tallès du 01/07/2020 sur La Croix

La saison des incendies a repris dans les vastes forêts de Sibérie. Le réchauffement climatique explique en partie la hausse constante des superficies brûlées chaque année. Les pompiers russes sont désarmés devant la taille des brasiers

Les incendies actuels qui frappent la Sibérie sont-ils exceptionnels ?

Loin des caméras, la taïga (forêt boréale) est ravagée par les flammes. Selon les chiffres officiels, 1,37 million d’hectares (13 000 km2) sont touchés par plus d’une centaine de feux dont 800 000 hectares dans la République de Sakha, la province sibérienne la plus vaste de Russie. Depuis le début de la « saison » des incendies, qui a commencé précocement dès le mois de mars, ce sont 7,4 millions d’hectares de forêts qui sont déjà partis en fumée. Un rythme légèrement inférieur à celui de 2019, année record avec 19 millions d’hectares détruits.

Entre 2000 et 2020, période où l’agence fédérale des forêts a comptabilisé les ravages des flammes, la tendance est à la hausse, même si d’une année sur l’autre la courbe peut redescendre en fonction des précipitations et de la chaleur. Les incendies prolifèrent dans ces espaces naturels fragiles, composés de pins, d’épicéas et de bouleaux qui peuvent mettre un siècle à se régénérer à ces latitudes. Les rares zones urbaines de ces territoires au climat extrême sont le plus souvent épargnées.

Le réchauffement climatique constaté en Sibérie a-t-il un lien direct avec ces feux géants ?

La région de Sakha, appelée également Yakoutie, a connu un triste record de chaleur avec 38 degrés enregistrés le 20 juin à Verkhoïansk, gros village qui détient aussi le record de froid dans l’hémisphère nord (- 67,8 degrés en 1892). Au-delà de ce pic, « les relevés météorologiques dans la région sont supérieurs de 12 à 14 degrés aux normales saisonnières » depuis le début de l’année, a déclaré Ronan Vilfand, responsable des prévisions au centre de météorologie de la Russie.

Des observations hors normes qui se répètent d’une année sur l’autre. « C’est le nord de la planète qui se réchauffe le plus vite. La chaleur assèche les forêts et les rend plus susceptibles de prendre feu », estime l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Depuis 2010, la température moyenne sur une année atteint régulièrement +10 degrés par rapport aux normales saisonnières.

« Le réchauffement du climat a entraîné des perturbations dans le rythme des précipitations », rappelle Konstantin Kobyakov, responsable des forêts au bureau de la WWF à Moscou. « On observe un allongement des périodes de sécheresse, ce qui augmente les risques d’incendie ». Il n’est pas rare désormais de voir les arbres brûler dès le début du mois de mars, alors que la neige recouvre encore la taïga.

Mais si la sécheresse est un facteur d’incendie, l’homme reste le premier responsable de ces catastrophes. « Nous estimons que 90 à 95 % des feux de forêts sont causés par des personnes, soit involontairement, soit à cause d’opérations de débroussaillage d’herbes sèches autour des bâtiments qui dégénèrent », ajoute Konstantin Kobyakov...

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Voir aussi l’article paru le 11/07/2020 sur Le Point, intitulé : "En Sibérie, les incendies continuent de se propager avec des températures record"