Entre chamanisme et christianisme : des rituels de guérison de la terre en Arctique

Publié le 23.11.2007

Dans le nord du Canada, certains rites pentecôtistes évoquent des pratiques chamaniques.

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Un inukshuk, une construction faite avec des pierres qui prend souvent la forme d’un humain, dont la signification semble être à la fois pratique (pour la chasse et la navigation notamment) et spirituelle.
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Le christianisme est apparu à la fin du 19ème siècle dans l’est de l’Arctique canadien et les Inuits se sont montrés très réceptifs à ces nouvelles idées. Depuis, il a pris diverses formes. Dès les années cinquante, des mouvements évangéliques et pentecôtistes ont ainsi vu le jour dans cette partie du globe.

Or, malgré leur volonté de se tourner vers l’avenir, ces mouvements protestants ne rompent que partiellement avec le passé. A certains égards, en effet, ils évoquent et même intègrent des traditions chamaniques inuites, qui apparaissent, entre autres, dans les rituels de guérison de la terre. Ces rites consistent à purifier un sol souillé par les ancêtres. La souillure peut être due à des paroles, des actes ou des sentiments mauvais, qui datent de la période chamanique, avant l’arrivée des missions chrétiennes. Selon les pentecôtistes, elle se traduirait par une raréfaction des plantes, arbres et animaux qui y vivent. La purification de la terre, a contrario, se caractériserait par une productivité nouvelle de celle-ci et par un retour de la faune qui l’avait désertée.

Une équipe d’anthropologues s’est intéressée à plusieurs de ces rituels de guérison de la terre qui se sont déroulés à Rankin Inlet et Pangnirtuuq (Nunavut, Canada), en 2006, en présence d’un groupe pentecôtiste des îles Fidji.

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Un caribou (Nunavut, Canada)
Crédit photo : mafic
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La première étape a consisté à trouver l’origine du mal qui affectait les lieux. Pour se faire, les participants à ces séances de guérison se sont d’abord séparés en deux groupes : d’un côté les « anciens », représentant ceux qui descendaient de personnes ayant toujours vécu à cet endroit ; de l’autre, les Blancs et les autochtones des îles Fidji représentant les habitants arrivés plus récemment. Afin de mettre un terme à une situation tendue et d’effacer la tension et les violences qui régnaient dans ces régions depuis de nombreuses années, tous les participants se repentirent et se demandèrent mutuellement pardon pour leurs fautes du passé. Les deux groupes, parfois divisés aussi en groupe des femmes et groupe des hommes, se prirent dans les bras les uns des autres. Beaucoup pleurèrent. Du sel, de l’huile et du sang furent ensuite versés dans la terre enfin bénie et lavée du mal. Les rituels de guérison de Rankin Inlet et de Pangnirtuuq furent alors clôturés par l’érection de monuments de pierre-de petits cairns, ce qui évoque sans conteste une tradition inuite très ancienne, celle des inuksuit.

Plusieurs jours après ces évènements, on rapporte que les habitants des deux communautés concernées notèrent la présence d’un nombre de caribous bien plus important qu’à l’ordinaire, ce qui, à leurs yeux, signifia que la cérémonie du repentir et du pardon avait reçu la bénédiction de Dieu. Pour les groupes pentecôtistes du Nunavut ces miracles montrent en effet toute la reconnaissance de Dieu et témoignent de son retour imminent sur la terre.

Chamanisme

Le terme « chamanisme » est issu de « chaman », qui désigne un intermédiaire. Il s’agit de l’une des plus anciennes formes de spiritualité de l’humanité. On le trouve au sein de nombreuses sociétés à travers le monde. Il se caractérise par une perception holistique (du grec holos, entier) de la vie, c’est-à-dire que tout est un : la terre, les animaux et les hommes, et chaque partie influence le tout. Dans le chamanisme, magie et religion, culte de la nature et croyance aux esprits se mêlent à des pratiques divines et thérapeutiques.
Pour en savoir plus sur le chamanisme inuit : site de l’Association Inuksuk

Estelle Carciofi, INIST-CNRS

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