Groenland : le réchauffement a tout chamboulé

Publié le 28.02.2020 - Article (par la Rédaction) du 18/09/2019 sur Paris Match

En août 2012, notre reporter avait embarqué à bord du « Boréal », un des navires de Ponant, pour une croisière autour de la mer de Baffin, entre le Groenland et le Grand Nord canadien. Sept ans plus tard jour pour jour, il a refait le même itinéraire, à bord de « L’Austral », un autre navire de la compagnie. «  J’ai découvert un autre pays… » dit-il. Spectaculaire fonte des glaces et réseaux sociaux, métamorphoses économiques et culturelles, les Inuits ne sont plus ce qu’ils étaient

Au Groenland, le temps vous rattrape. Ici, il est possible, à sept ans de distance, d’accrocher sa propre vie à un fil et de la contempler. Mes deux aînés, Tristan et Madenn, m’accompagnent dans cette nouvelle aventure. Comme en 2012, je leur ai offert le voyage. Cette croisière nous avait alors permis de panser dans le Grand Nord les blessures d’un divorce et d’une séparation de quelque 10 000 kilomètres. Installés à Los Angeles, les enfants avaient adoré cette irruption du froid en plein mois d’août, eux qui vivent toute l’année en été. Le navire n’est pas le même, mais il y ressemble trait pour trait. Son nom  : « L’Austral », sister-ship du « Boréal », des noms qui évoquent chacun un parfum d’absolu.

La lumière du soleil est aveuglante sur les berges du fjord de Kangerlussuaq, dans lequel mouille « L’Austral ». Il fait presque chaud sur la côte ouest du Groenland. Ce détail tranche avec l’humidité froide et pluvieuse qui nous avait accueillis il y a sept ans. Au matin du deuxième jour de navigation, dans la baie de Disko, nous apercevons au mouillage devant nous « Le Boréal » sur lequel nous avions fait la première croisière. Le capitaine, Patrick Marchesseau, qui commandait ce bateau à l’époque et dirige cette fois « L’Austral », annonce depuis la passerelle  : «  C’est la première fois que deux navires de la compagnie sont au mouillage en même temps à Ilulisatt ». Soudain, le temps est comme figé dans les blocs de glace qui nous entourent. Ici, chaque jour, naissent les plus gros icebergs de l’hémisphère Nord, dont un illustre ancêtre qui autrefois coula le « Titanic ».

En juillet, en un seul jour, il a fondu 11 milliards de mètres cubes, un record

Dans les terres, pourtant, le manteau de glace qui recouvre le Groenland en a pris un coup. En juillet, en un seul jour, il a fondu 11 milliards de mètres cubes, un record. En Alaska, cet été, il n’y a plus aucune trace de banquise. Elle a disparu. Du jamais-vu. L’Islande a décrété des obsèques officielles pour la perte d’un de ses glaciers, l’Okjokull, victime du réchauffement. Le Groenland, lui, est plus vert. C’est visible, palpable, jusque dans la pupille des Inuits rencontrés hier à l’escale de Sisimiut et qui semblaient médusés par un si beau temps. Il y a sept ans, jamais je ne me serais promené en polo sur la passerelle. Nous avions fait notre arrivée dans la baie, sur le pont, emmitouflés dans ces grosses parkas rouges que la compagnie vous offre à bord. J’ai retrouvé les photos. Quel contraste. Il est 8 heures du matin et il fait déjà 10 °C. «  15 °C cet après-midi  », annonce Marc, le directeur de croisière, un Québécois aussi bilingue que bavard. Quand, au Xe siècle, le chef viking Erik le Rouge baptisait « Terre verte » cette immense île de l’Arctique, il s’agissait d’une publicité mensongère destinée à leurrer les colons scandinaves pour qu’ils viennent s’y installer. Aujourd’hui, ce vert est le signe du premier réchauffement climatique dans l’histoire qui porte la marque de l’homme…

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