Inuits, sherpas… Comment ils voient le réchauffement climatique

Publié le 02.01.2020 - Article de Nathalie Lamoureux du 25/11/2019 sur Le Point

Ailleurs dans le monde, le discours sur le réchauffement climatique suscite opportunisme, peur, doute et exaspération

Le réchauffement climatique a envahi tous les domaines de la vie, mais n’en reste pas moins ambigu, surtout dans les sociétés qui n’ont pas la même cosmologie que nous les « modernes ». Héritiers de Descartes et Darwin, nous avons, d’après Philippe Descola (L’Écologie des autres, éditions Quæ, 2011), une vision dualiste du monde, séparant nature et culture. Sur le plan politique, planification, prédiction, développement et principe de précaution doivent permettre aux décideurs de conjurer le mauvais sort.

Or, cette manière de composer le monde et de lui donner sens est aux antipodes des Inuits de l’Arctique canadien « où l’incertitude, l’imprévisibilité obligent à privilégier plutôt l’observation et l’adaptabilité », explique Frédéric Laugrand, anthropologue. Les Inuits sont très attentifs à la question du réchauffement climatique, mais ce dernier n’est pas un problème pour tout le monde. Il divise la société, selon les âges, les cultures politiques, les activités, l’éducation. Les chasseurs contestent les méthodes de recensement des biologistes, craignent le fondamentalisme écologique et ne veulent pas de quotas de chasse. Certains font preuve « d’opportunisme en se montrant prêts à exploiter les ressources liées à la fonte des glaces ». D’autres encore, chez les plus âgés, catholiques, pensent qu’il faut refréner les convoitises des entreprises minières, alors que les évangélistes considèrent cette nouvelle abondance comme un don de dieu.

« Des situations contrastées et des changements de pratiques »

Au Népal, la région de l’Everest est emblématique du changement climatique avec la médiatisation de la fonte de ses glaciers et les possibles ruptures de lacs glaciaires qui y seraient associées. Selon Ornella Puschiasis, géographe-enseignante à l’Inalco qui a mené des recherches dans la région, « la multiplication des études autour du dérèglement climatique, la publication de rapports alarmistes sur l’Everest suscitent doute, panique et tensions dans les villages. Le discours global ravive les peurs et ne reflète pas forcément la diversité des perceptions locales. La population majoritairement sherpa souhaite des solutions concrètes, et demande la diffusion des résultats de recherche ». Le programme interdisciplinaire ANR Paprika a mis en avant « des situations contrastées et des changements de pratiques sans relation évidente avec le climat ». Ce n’est pas tant la fonte des glaciers qui affectera les activités des populations vivant au pied de l’Everest que la variation des pluies de mousson et les changements dans le régime neigeux...

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