Jeunes Norvégiens et prise de risque en motoneige

Publié le 29.11.2011

La pratique de la motoneige peut s’avérer dangereuse. Le groupe le plus exposé est représenté par la tranche d’âge des 15-24 ans. Dans un but de prévention, des chercheurs norvégiens ont analysé la façon dont ces jeunes parlaient des risques encourus dans cette activité.

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Travail avec les rennes en Scandinavie
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La motoneige (ou scooter des neiges) a fait son apparition en Norvège dans les années 1960 pour aider les éleveurs de rennes à s’occuper des troupeaux. De nos jours, elle est essentiellement utilisée comme véhicule de loisirs durant l’hiver et le printemps. Sa conduite est règlementée : elle est autorisée à partir de 16 ans sur les pistes officiellement tracées.

Les auteurs se sont intéressés à un territoire d’environ 121 600 km2 et de 82 950 habitants situé dans le Nord-Norge, l’une des cinq grandes régions de la Norvège et la plus septentrionale, et qui possède 6 500 km de pistes « officielles ». Le Nord-Norge a sa propre police chargée entre autres de surveiller la pratique de la motoneige. En décembre 2008, il y avait 63 631 motoneiges enregistrées en Norvège, dont 26 816 dans les comtés de Troms et de Finnmark, les deux comtés les plus au nord de la Norvège avec l’archipel de Svalbard. Les auteurs ont interrogé 81 étudiants, âgés de 16 à 24 ans, inscrits dans huit établissements du Nord-Norge. Tous pratiquaient la motoneige. Dix-sept groupes allant de 2 à 8 participants ont été constitués, sans mélanger les deux sexes de façon à éviter que les garçons ne fassent aux filles des remarques ironiques ou désobligeantes, et pour mieux identifier les différences entre filles et garçons. Le questionnaire portait sur la pratique de la motoneige : motivation, préparation des sorties, styles de conduite, implications dans des accidents et importance accordée aux risques.

Les résultats montrent une très forte disparité dans les réponses entre les groupes de garçons et les groupes de filles :

  • la pression de se conformer à un groupe apparaît plus forte chez les garçons : « Quand on se retrouve entre copains, on cherche à être celui qui monte le plus haut dans une pente, qui fait le saut le plus long ou le plus spectaculaire ». Quelques garçons ont déjà risqué leur vie en tentant ce qu’ils appellent un « drop » : ils se placent avec leur moto au sommet d’un escarpement, puis ils penchent leur corps en avant jusqu’à ce que la moto décroche et chute dans le vide. Des vidéos de ces « exploits » se retrouvent facilement sur Internet.
  • pratiquement tous les groupes de filles ont spontanément commencé à évoquer les dangers de ce loisir sans que l’enquêteur n’introduise le sujet (« je ne fais jamais de hors-piste », « je ne conduis pas si je suis ivre et je ne monte pas derrière un conducteur ivre ») ; chez les garçons cet aspect a été occulté.
  • pour les garçons, prendre des précautions avant une sortie c’est surtout vérifier le niveau d’essence et la présence de pièces de rechange (bougies d’allumage, courroies de transmission) et aussi évaluer le risque d’avoir un contrôle de police ce jour-là et à quel endroit ; pour les filles c’est d’abord s’assurer de bonnes conditions météorologiques et de faire en sorte de ne pas se retrouver seules.
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    On s’amuse dans la poudreuse !
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  • les garçons ont plus peur d’abîmer la motoneige que de se blesser.
  • chez les garçons la conversation dérive rapidement vers l’aspect technique : comparaison des marques de motoneiges, puissance du moteur, performances des véhicules sur différents types de neige ou de terrain.
  • la préoccupation majeure des garçons est de garder le contrôle de leur véhicule tout en testant leurs limites. Etre reconnu comme un bon conducteur de motoneige confère un certain prestige social.

Pour résumer, les filles parlent volontiers des risques, en sont conscientes et cherchent à éviter les situations périlleuses, contrairement aux garçons qui vont plutôt les rechercher et vont surtout discuter de la façon dont ils réussissent à les maîtriser. Finalement les auteurs différencient trois catégories de conducteurs :

  • ceux qui conduisent selon le règlement et qui prennent un minimum de risque (surtout des filles)
  • ceux qui prennent des risques de façon occasionnelle (des garçons et très peu de filles)
  • enfin un troisième groupe composé exclusivement de garçons qui prennent beaucoup de risques, qui sont dangereux pour eux-mêmes et pour les autres, et qui aiment défier les forces de l’ordre. Les membres de ce groupe sont essentiellement issus d’un territoire géographique où la police est peu présente et ils auraient développé leurs propres règles internes.

Les auteurs estiment qu’il faut renforcer l’éducation des jeunes sur les règles de sécurité en motoneige et augmenter les contrôles de police, particulièrement dans la région où sévit le troisième groupe.


Marie-Pierre Verdier, INIST-CNRS

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