L’Arctique, un terrain glissant ?

Publié le 25.02.2020 - article du 22/11/2019 d'après Copernicus sur Euronews

La banquise atteint historiquement sa superficie minimum au mois de septembre mais le niveau constaté au mois d’octobre dernier a une nouvelle fois été inhabituellement bas, comme le révèlent les informations du Service européen Copernicus concernant le changement climatique (C3S). La banquise a reculé de 36 % en Arctique par rapport à sa superficie moyenne en septembre entre 1981 et 2010

Des niveaux anormalement bas avaient été relevés en 2012 et 2007 : la banquise avait rétréci en moyenne de 13,4 % par décennie entre 1979 et 2015 (source : Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, GIEC). Ces derniers temps, son niveau est même passé sous la moyenne à la fin de l’hiver, la saison où sa superficie est normalement maximale, d’après les relevés de Copernicus.

L’Arctique se réchauffe deux fois plus vite que le reste de la planète puisque les hausses de température sont à l’origine du cercle vicieux de la fonte et du rétrécissement des glaces. Sa superficie aujourd’hui est inférieure à celle des années 80 et 90, « quels que soient l’endroit, le mois et la saison », selon un récent rapport du GIEC, qui souligne également que la chute du niveau de la banquise en septembre est probablement la plus vertigineuse depuis au moins 1 000 ans. Ce même rapport signale aussi que la saison de la fonte des glaces en Arctique s’est allongée car la banquise fond plus tôt tandis que l’eau gèle plus tard dans l’année. « Nous aurons encore de la glace en hiver pendant longtemps mais, si aucune mesure n’est prise rapidement, il se pourrait que nous n’ayons plus de glace l’été dans quelques dizaines d’années seulement », affirme Mark Serreze, directeur du National Snow and Ice Data Center (NSIDC) aux États-Unis.

En 2018, un rapport de Copernicus signalait que, contre toute attente, des eaux libres avaient été relevées pour la première fois en hiver depuis 40 ans au nord du Groenland alors que l’air chaud s’est frayé un passage jusqu’en Arctique. La compréhension du changement climatique passe par des prévisions et un suivi précis de l’évolution de la banquise en Arctique. Le C3S ne cesse d’améliorer ses prédictions grâce à des systèmes de modélisation qui réunissent des informations en temps réel sur les océans, les mers et la glace tout en s’appuyant sur des données historiques remontant à 1979. Les chercheurs ont besoin de données quotidiennes sur la concentration de la glace, son extension, son type et son épaisseur pour étudier les interactions entre la mer et l’atmosphère ainsi que l’influence de la banquise sur les écosystèmes marins et la navigation.

Une surface blanche reflète beaucoup mieux le rayonnement solaire qu’une surface foncée. À la saison estivale, la banquise reflète environ la moitié des rayons solaires, contre seulement 10 % pour un océan non recouvert de glace. Une banquise de moindre superficie l’été absorbe donc plus de chaleur qu’à l’accoutumée : il s’agit de l’albédo, l’un des principaux facteurs à l’origine de « l’amplification arctique », d’après Copernicus. « C’est une sorte de rétroaction : la banquise recule à cause du réchauffement, et le recul de la banquise favorise le réchauffement », explique Mark Serreze. « Pour l’essentiel, l’Arctique est un réfrigérateur qui contribue à refroidir la planète et nous sommes en train de perdre cette réserve frigorifique. Le recul de la glace accélère le réchauffement planétaire ».

La fonte des glaces pourrait également libérer du méthane, un gaz à effet de serre nocif, piégé sous le pergélisol arctique dans les eaux peu profondes du plateau continental. Auparavant, la banquise recouvrait les côtes arctiques même en été, désormais une température glaciaire, explique Peter Wadhams, professeur en physique océanique à l’Université de Cambridge. Mais ces dix dernières années, avec le recul de la glace et le réchauffement des océans, même les fonds marins se radoucissent et le pergélisol offshore commence lui aussi à fondre. Le méthane piégé en dessous pourrait donc très bien s’échapper dans l’atmosphère. Selon les projections, il suffirait que 8 % du gaz piégé s’échappe, soit environ 50 milliards de tonnes, pour provoquer une hausse des températures globales de 0,6°C, poursuit Peter Wadhams. « C’est une menace très sérieuse pour l’humanité »...

Lire la suite sur Euronews