L’arrêt brutal de la dernière période glaciaire

Publié le 12.12.2008

Les glaces des inlandsis offrent parfois aux spécialistes des informations inattendues sur l’histoire climatique de notre planète.

L’étude approfondie d’une carotte de glace du Groenland a montré que le basculement d’une période glaciaire froide vers une période interglaciaire plus clémente pouvait intervenir en quelques années seulement. Un tel phénomène climatique, qui s’est produit il y a environ 11 000 ans, a été mis en évidence par une équipe internationale, dont font partie deux chercheurs français du Laboratoire des Sciences du Climat et de l’Environnement (Institut Pierre Simon Laplace).

La glace analysée provient du site de forage nommé North Greenland Ice Core Project (NGRIP ou NorthGRIP) d’où proviennent les échantillons. Ils ont été prélevés jusqu’à 3 km de profondeur, permettant ainsi de remonter jusqu’à 125 000 ans dans l’histoire climatique de la Terre.

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Camp NorthGrip, Groënland, été 1999. Au premier plan dôme principal (habitation, groupe électrique, station radio, cantine ...) dont l’ossature en bois est recouverte de plaques de caoutchouc noir qui permet une meilleure récupération de la chaleur provenant du rayonnement solaire. La forme en dôme directement inspirée de l’igloo empêche l’enfouissement de celui-ci par les couches de neige au fil des années.
Crédit photo :© CNRS Photothèque/CEA / DOIRA Pascal
UMR1572 - LABORATOIRE DES SCIENCES DU CLIMAT ET DE L’ENVIRONNEMENT (LSCE), GIF SUR YVETTE, FR0636 - INSTITUT PIERRE-SIMON-LAPLACE (IPSL), PARIS

Dans la glace, les éléments qui renseignent les spécialistes sont des poussières et des isotopes comme celui de l’oxygène (O18) et celui de l’hydrogène (deutérium) présents à la surface de la Terre au moment de la formation de la glace.

Une surabondance de poussières dans celle-ci traduit une période de climat froid, au cours de laquelle elles ont été transportées par la circulation atmosphérique, depuis des zones arides vers le pôle nord. En revanche, concernant l’isotope de l’oxygène 18, plus sa quantité est importante, plus le climat local est chaud au moment du dépôt de la neige. Enfin, un excès de deutérium caractérise une température élevée de l’océan.

La très haute résolution temporelle des mesures donne des informations à l’année près. Les chercheurs ont ainsi constaté que des épisodes de réchauffement et de refroidissement récents sont intervenus très brutalement, le basculement d’un épisode climatique à l’autre pouvant même se produire en une année.

Ainsi, les scientifiques ont découvert dans le forage les traces d’un premier réchauffement avec une augmentation moyenne de la température de l’air de plus de 10° C au Groenland datant de 14 700 ans. Puis, plus récemment, il y a 12 900 ans, est intervenu un changement climatique radical de refroidissement aboutissant à un nouvel épisode glaciaire. Enfin, un nouveau réchauffement de la planète, datant de 11 700 ans, marqua la fin de la dernière glaciation, conduisant ainsi à la période interglaciaire plus clémente que nous connaissons actuellement.

Ces informations sur les changements climatiques passés aident les scientifiques à comprendre les évènements climatiques actuels liés aux activités humaines, et, par là-même, de modéliser leurs évolutions possibles.

Carotte glaciaire à la sortie de la tige de forage. Les résultats des collectes d'échantillons extraits du Dôme C, à la base scientifique franco-italienne "Concordia" (localisée plus de 1000 km à l'intérieur du continent antarctique) révèlent l'évolution du climat (température et composition atmosphérique) des 740 000 dernières années. De nouvelles perspectives s'ouvrent pour mieux comprendre les mécanismes qui pilotent l'évolution naturelle du climat, notamment les relations entre les teneurs en gaz à effet de serre et les températures.

Ludovic Hamiaux, INIST-CNRS

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