L’enjeu des bâtiments arctiques

Publié le 12.01.2021 - Article de Jean-Jacques Mercier du 12/11/2020 sur Areion24.news

L’ouverture des passages du nord-est et du nord-ouest à la navigation commerciale et l’attrait des ressources en Arctique ont provoqué ces dernières années un regain d’attention de nombre de gouvernements pour la région. Ce dernier s’est notamment traduit par la mise en place de plusieurs programmes de patrouilleurs adaptés aux spécificités de la navigation dans les glaces

Naviguer dans les régions au nord du cercle polaire arctique n’est pas chose aisée, sans même parler de progresser à travers la banquise, et exige des compétences et des matériels que peu de marines ont acquis. De ce point de vue, les régions arctiques – comme antarctiques – nivellent les rapports de force traditionnels : les marines les plus puissantes en haute mer ne sont pas nécessairement les plus pertinentes dans le Grand Nord ou le Grand Sud. L’exemple américain est typique : avec 51 sous-marins nucléaires d’attaque, Washington dispose a priori d’une réelle capacité à opérer dans le Grand Nord. Cependant, la navigation sous les glaces demande des savoir-faire spécifiques, notamment entretenus durant les exercices « Icex », menés une fois par an. Or ces derniers concernent rarement plus de deux bâtiments, et encore n’ont-ils pas eu lieu en 2017.

Historiquement, les marines opérant dans les régions arctiques et antarctiques le font avec des brise-glace, le plus souvent désarmés et dont les fonctions sont essentiellement civiles : ouverture de voies de passage et recherche scientifique, y compris le soutien logistique de stations de recherche. Elles peuvent également opérer avec des bâtiments classiques, à la coque éventuellement renforcée, dans les eaux limitrophes à la banquise. Une troisième catégorie, intermédiaire, apparaît cependant aujourd’hui. Les enjeux de souveraineté motivent ainsi le développement de bâtiments armés spécifiquement conçus pour la patrouille, ou encore l’armement de brise-glaces. En tout état de cause, c’est un marché naval certes secondaire au vu du faible nombre de navires concernés, mais émergent, qui est bel et bien en train de se développer.

La puissance russe

Moscou est la puissance arctique par excellence. Ses activités, y compris militaires, dans la région se sont ainsi considérablement accrues ces dernières années. L’ouverture du passage nord-est, courant tout le long de la côte nord de la Russie, est encore loin d’être permanente et les patrouilles effectuées dans cette zone sont essentiellement le fait de sous-marins, de bâtiments de recherche ou de petites unités des gardes-frontières, lesquels sont bien dotés, y compris de frégates ou de patrouilleurs ayant d’abord été conçus pour la marine et qui ont été versés à l’administration, qui dépend du ministère de l’Intérieur. Quelques unités à la coque renforcée mais n’ayant pas de capacité brise-glace stricto sensu peuvent naviguer dans les glaces. En temps de guerre toutefois, les navires en question passeraient sous le commandement opérationnel de la marine. Moscou dispose également d’une belle flotte de brise-glace dépendant de l’administration des transports. Six sont à propulsion nucléaire (ils sont opérés par Rosatom) et 23 sont à propulsion classique, aucun n’étant armé...

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