L’ours blanc contaminé par le mercure

Publié le 20.08.2007

Chaque année, ce sont 200 à 300 tonnes de mercure qui arrivent en Arctique via les courant marins et les vents, faisant du pôle Nord un important réservoir des émissions mondiales de ce métal lourd. Les ours blancs sont parmi les animaux les plus touchés par cette pollution environnementale.

Présent dans l’Arctique en quantité plus élevée qu’ailleurs sur la planète, le mercure est un polluant toxique et persistant dans l’environnement qui préoccupe les chercheurs. Bien qu’il existe des émissions naturelles de mercure dans le Grand Nord, 94% de ce métal lourd présent dans les tissus des ours blancs serait d’origine humaine [1].

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Ours blanc finissant son repas
Crédit photo : Jean-Luc Bonvallot

Plusieurs études sur les ours blancs au Groenland ont montré que cette espèce était l’une des plus touchée par la pollution par le mercure. Toxique pour le système nerveux et pouvant provoquer des anomalies congénitales, ce composé se retrouve aussi en quantité anormalement élevée dans les populations humaines locales se nourrissant des mêmes ressources alimentaires que l’ours blanc, à savoir les phoques et les poissons.

Dans un souci de surveillance environnementale, une équipe de chercheurs danois a évalué l’impact du mercure sur la santé de l’ours polaire. Entre 1999 et 2002, ils ont analysé les foies et les reins de 59 animaux obtenus dans des villages de chasseurs inuits de l’Est du Groenland.

Leur étude montre que la concentration en mercure dans ces organes augmente avec l’âge de l’animal et atteint des doses toxiques. Ils ont relevé des lésions hépatiques similaires à celles rencontrées lors d’intoxication par ce métal lourd. Si leur étude ne prouve pas que le mercure est directement responsable des pathologies relevées chez les ours blancs, elle apporte néanmoins des résultats similaires à ceux connus chez des grands mammifères marins de l’Arctique se nourrissant de poissons tels que les bélugas.

Elle démontre l’intérêt à suivre le devenir des polluants dans la faune sauvage de l’Arctique, mais aussi dans les populations inuites qui prélèvent des animaux marins et terrestres pour leur alimentation.

Le groupe de recherche danois, dirigé par le professeur Christian Sonne de l’Université de Aarhus au Danemark étudie d’autres polluants chez les ours blancs tels que les organochlorés et les PBDE [2]

NB : Dans le cadre de l’Année polaire internationale, ces chercheurs participent à un projet visant à mesurer l’impact de la pollution et du changement climatique sur les ours blancs tout autour du cercle polaire arctique : Polar bear (Ursus maritimus) circumpolar health assessment in relation to toxicants and climate change

Alain Zasadzinski, INIST-CNRS

[1]Dietz R. et al.

(2006).Trends in Mercury in Hair of Greenlandic Polar Bears (Ursus maritimus) during 1892–2001. Environmental Science and Technology, 40, 1120-1125

[2]PBDE ou polybromodiphényléthers

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