La calotte du Groenland est amenée à disparaître, avec des conséquences imprévisibles

Publié le 27.10.2020 - Article de Sylvie Rouat du 24/08/2020 sur Sciences et Avenir

Selon une étude publiée dans Nature, la fonte accélérée de la calotte glaciaire du Groenland va l’amener à disparaître totalement, ce qui entraînera, au minimum, une brutale montée des eaux. Des pays du Moyen-Orient et l’Inde s’inquiètent des conséquences climatiques de ces changements drastiques et s’allient aux peuples de l’Arctique

Le Groenland vient peut-être de dépasser un point de non-retour, au-delà duquel, les conséquences climatiques vont nous échapper. Dans une étude publiée le 13 août dans la revue Nature, des chercheurs américains et néerlandais concluent que les glaciers de l’île-continent se sont tellement réduits que même si les émissions anthropiques de gaz à effet de serre cessaient à l’instant même, la calotte glaciaire sera amenée inéluctablement à disparaitre. Ce résultat s’appuie sur plus de trente ans de données satellitaires de surveillance des mouvements de la calotte, de son élévation, etc. Depuis vingt ans, la perte de masse de la calotte glaciaire groenlandaise s’accélère tant que les chutes de neige hivernales ne parviennent plus à compenser le rythme de plus en plus intense de la fonte estivale.

Cette dernière est due au vêlage des glaciers exposés à des courants de plus en plus chauds, ainsi qu’à la température de l’air - qui a connu des records cette année – qui crée des lacs au cœur même de la calotte. Ceux-ci s’écoulent vers la base de la calotte via des siphons et l’eau de fonte vient lubrifier le socle rocheux de l’inlandsis, ce qui accélère le mouvement des masses de glace. Certains modèles climatiques calculent qu’en cas de fonte brutale de la calotte groenlandaise, le niveau de la mer pourrait s’élever d’environ 7 mètres. Aujourd’hui, cette même calotte alimente l’élévation mondiale du niveau de la mer de plus d’un millimètre par an.

A la fin de juillet, des chercheurs de l’Université de Copenhague au Danemark publiaient dans la revue Nature une autre étude alarmante mettant en évidence la sous-estimation par les modèles "du taux d’augmentation de la température dans l’atmosphère au plus proche du niveau de la mer, laquelle a finalement fait fondre la banquise plus rapidement que prévu". Pour retrouver le niveau exceptionnellement élevé des températures relevées cet été dans l’Arctique, il faut remonter… au dernier âge glaciaire ! A ce rythme, la banquise est susceptible de disparaître plus vite que prévu jusque-là par la plupart des modèles climatiques.

"Ces deux études se complètent et montrent l’amplification des phénomènes de fonte dans la région du Groenland et de l’Arctique, qu’il s’agisse de la calotte ou de la banquise", commente Mikka Mered, géo-politologue spécialiste des pôles. "Si l’une et l’autre disparaissent, personne ne sait ce qu’il va se passer. Nous n’avons aucun moyen de calculer les effets actifs, les boucles rétroactives, voire rétro-rétroactives qui nous permettraient d’analyser toutes les conséquences de cette fonte accélérée. Le rapport sur la cryosphère rendu public par le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat en septembre 2019 montre que les estimations étaient bien en-dessous de la gravité des événements climatiques en cours aux pôles et sur les glaciers. Qui sait ce qui va se passer à l’horizon 2100 ?"...

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