La sieste des nourrissons en plein air

Publié le 25.11.2008

Une pratique √©ducative r√©pandue dans les pays scandinaves consiste, en hiver, √† faire profiter les nourrissons des vertus tonifiantes de l’air froid.

En Finlande, l’hiver, saison la plus longue de l’ann√©e, peut durer de 100 √† 200 jours, et la temp√©rature moyenne y reste constamment en dessous de 0 °C.

C’est dans ce contexte que, dans les ann√©es 1920, √©poque o√Ļ la mortalit√© infantile √©tait particuli√®rement importante, le p√©diatre Arvo Ylpp√∂ a commenc√© √† diffuser, √† l’intention des m√®res de nourrisson, tout un ensemble de recommandations. Parmi celles-ci, celle de faire dormir leur b√©b√©, pour la sieste, en plein air. La pratique s’est vite r√©pandue. Les raisons invoqu√©es √©taient variables. Notamment, il y avait celles de la mauvaise qualit√© de l’air √† l’int√©rieur de la maison, de la pr√©vention du rachitisme, de la protection contre les maladies par la "vivification du sang". L’air froid √©tait cens√© stimuler la circulation sanguine, et ainsi renforcer l’immunit√© contre les bact√©ries. Le visage des nourrissons pouvait √™tre expos√© au vent, √† l’air frais et √† la lumi√®re du soleil sans danger, √† condition de s’y prendre suffisamment t√īt (d√®s quelques semaines apr√®s la naissance).

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"Street Art" à Tampere, Finlande
Photo : katutaide
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Récemment, des chercheurs ont enquêté sur son extension actuelle dans le nord de la Finlande, et recueilli les opinions des parents sur les effets bénéfiques ou nocifs de cette pratique très répandue. Par exemple, dans la ville de Oulu, 95% des parents sortent leur bébé en hiver pour la sieste.

Les conseils re√ßus par les parents viennent de diff√©rentes sources, au premier rang desquelles les grands-parents, puis les amis et les professionnels de sant√©. Presque tous ont d√©clar√© en √™tre satisfaits. Seuls 3% se sont vu conseiller de ne pas laisser leurs b√©b√©s dormir √† l’ext√©rieur en hiver. Les familles qui ne sortaient pas leur enfant pour la sieste pensaient que cela ne servait √† rien. Fumer sur le balcon d’√† c√īt√© pouvait √©galement en dissuader certains.

L’enfant qui dormait √©tait r√©guli√®rement surveill√© par l’un des parents. Dans le groupe qui n’utilisait pas d’interphone pour enfant, le parent sortait environ toutes les quinze minutes pour l’observer (57%). Dans le groupe qui utilisait ce dispositif, la fr√©quence √©tait d’une fois toutes les demi-heures. Les parents √©taient attentifs au bien-√™tre de leur enfant par l’observation minutieuse de divers facteurs (respiration, babil, mouvements, habillement...). La temp√©rature la plus propice pour laisser dormir l’enfant en plein air √©tait √©valu√©e autour de -6 °C. De nombreux parents ont d√©clar√© qu’ils sortaient leur enfant jusqu’√† -15 °C, et chez d’autres, moins nombreux, jusqu’√† -25 °C. Le vent et sa direction, la pluie, la lumi√®re du soleil, les changements climatiques globaux √©taient attentivement not√©s. La tranquillit√© des alentours imm√©diats comprenait √©galement la s√©curit√© de l’environnement de plein air : les parents contr√īlaient ainsi le niveau sonore, les mouvements des passants et les activit√©s des chats, oiseaux et √©cureuils...

Presque tous les parents (95%) consid√©raient que cette pratique n’avait que des avantages : ils trouvaient l’enfant plus actif, jugeaient qu’il prenait manifestement plaisir √† dormir dehors, que ses siestes y √©taient plus longues qu’√† l’int√©rieur, et qu’il se nourrissait mieux.

Cette √©tude montre ainsi qu’en Finlande, cette pratique de sieste en plein air l’hiver pour les nourrissons, de peu r√©pandue au d√©but du XXe si√®cle, est devenue commune et culturellement enracin√©e, sans pour autant que les membres de la communaut√© soient en mesure d’en fournir une justification rationnelle. Peut-√™tre que simplement un de ses principaux m√©rites tient au fait que les parents, en pareille circonstance, s’occupent plus de leur b√©b√© !

Laurent Panes, INIST-CNRS

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