Le feu de la Terre prisonnier des glaces !

Publié le 24.08.2007

Lors des Ă©ruptions majeures, les gaz volcaniques sont susceptibles d’ĂŞtre projetĂ©s très haut dans l’atmosphère oĂą ils peuvent contribuer Ă  rĂ©duire l’ensoleillement et provoquer une chute sensible des tempĂ©ratures. On en retrouve alors des traces dans la glace des pĂ´les dont l’Ă©tude permet ainsi d’apprĂ©hender l’impact du volcanisme sur le climat de notre planète...

En 1452, une énorme éruption explosive de type phréatomagmatique (faisant intervenir des interactions entre magma et eaux souterraines) détruisit l’île de Kuwae (actuelle République du Vanuatu, anciennement Nouvelles-Hébrides, Océanie), en créant un vaste cratère sous-marin de 12 km x 6 km.

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Station de DĂ´me Concordia (Antarctique) : prĂ©lèvement de carottes de glace par forage en Ă©tĂ©.
© CNRS Photothèque / ARNAUD Laurent
CNRS - UMR5183 : LABORATOIRE DE GLACIOLOGIE ET GEOPHYSIQUE DE L’ENVIRONNEMENT (LGGE), ST MARTIN D’HERES

D’après une estimation du volume de ce dernier, on Ă©value que ce sont de l’ordre de 30 Ă  60 km3 de magma qui furent Ă©jectĂ©s sous forme de coulĂ©es pyroclastiques [1] et de retombĂ©es de scories ou autres cendres volcaniques.

Des traces de cette Ă©ruption cataclysmique se retrouvent aux pĂ´les, dans des carottes de glace prĂ©levĂ©es au sein des calottes glaciaires (inlandsis) Ă  la fois du Groenland et de l’Antarctique. Il s’agit de dĂ©pĂ´ts d’aĂ©rosols d’acide sulfurique produits lors du dĂ©gazage liĂ© Ă  l’éruption (essentiellement par Ă©mission de gaz volcaniques soufrĂ©s, en l’occurrence du dioxyde de soufre).

Les auteurs (des chercheurs anglais et amĂ©ricains) ont pour but de dĂ©terminer l’impact de ce type de volcanisme explosif sur l’évolution du climat. Ils s’attachent en particulier ici Ă  dĂ©montrer, Ă  l’aide des concentrations en Ă©lĂ©ments volatils tels que le soufre, le chlore et le fluor mesurĂ©es sur le matĂ©riel volcanique lui-mĂŞme, que les gaz sulfurĂ©s furent Ă©mis en quantitĂ©s suffisantes jusque dans la stratosphère [2] pour entraĂ®ner des perturbations mĂ©tĂ©orologiques sĂ©vères et durables. Des rĂ©cits historiques relatant en particulier la froideur des Ă©tĂ©s durant les annĂ©es 1453 Ă  1457 ainsi que l’apparition de phĂ©nomènes d’effet d’optique atmosphĂ©rique inhabituels, viennent confirmer cette hypothèse.

Ce type d’Ă©tude prouve ainsi que les Ă©ruptions majeures ont potentiellement un impact climatique important dès lors qu’elles atteignent l’ensemble de la planète par voie stratosphĂ©rique, les glaces des pĂ´les ou d’autres glaciers Ă©tant susceptibles, comme il apparaĂ®t ici, de littĂ©ralement "fossiliser" de tels Ă©vènements.

NB : D’autres Ă©tudes sur l’impact climatique du volcanisme sont actuellement rĂ©alisĂ©es par des chercheurs du Laboratoire de Glaciologie et GĂ©ophysique de l’Environnement de Grenoble (LGGE) qui, notamment, ont publiĂ© dans la revue Science les rĂ©sultats d’une Ă©tude en Antarctique concernant des traces d’Ă©ruptions stratosphĂ©riques rĂ©centes [3].

Gilles Banzet, INIST-CNRS

[1]MĂ©lange de blocs et/ou cendres et de gaz Ă  haute tempĂ©rature, pouvant dĂ©passer les 500 °C.

[2]Couche de l’atmosphère terrestre situĂ©e entre 10 et 30 km d’altitude.

[3]Baronie M. et al. (2007). Mass-independent sulfur isotopic compositions in stratospheric volcanic eruptions. Science, 315(5808), 84-87.

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