Le lent déclin de Vorkouta, capitale du charbon de l’Arctique russe

Publié le 12.10.2020 - Article d'Estelle Levresse du 07/09/2020 sur Reporterre

Depuis une trentaine d’années, cette ville de l’arctique russe, autrefois prospère grâce au charbon, se vide de ses habitants à mesure que grandit l’incertitude pour son avenir

Son imposante façade rose et blanche, toujours surmontée de lettres capitales rouges, est le vestige d’un temps révolu, quand la Maison de la culture de Vorgachor était un lieu de vie incontournable de cette localité minière du Grand Nord. « Quelle tristesse ! » se désole l’habitant Vladimir Jarouk, 59 ans, encore sous le choc de la fermeture l’an dernier. À l’intérieur, les débris de décors, de cloisons ou de lampes néon jonchent le sol. Le bruit du verre cassé, qui crisse sous les pas, résonne dans les pièces vides. Ça et là, quelques épaves de fauteuils ont été abandonnés. « J’ai assisté à tellement de représentations ici, des spectacles d’enfants, des concerts, des animations… » se souvient cet ancien géologue à la retraite, le cœur serré.

Au nord du cercle polaire arctique, à 1.900 kilomètres de Moscou, Vorkouta et les communes alentour — parmi lesquelles Vorgachor — constituent un vaste complexe minier édifié sur le pergélisol au siècle dernier dans un seul but : l’extraction du charbon. Treize puits au total, chacun doté d’un village attenant, reliés entre eux par une route circulaire. Tout autour, la toundra s’étend à perte de vue dans cette région lointaine, accessible uniquement en train ou en avion.

« Ils ne souhaitent pas vivre en ville, ils veulent rester proches de la nature »

Depuis une trentaine d’années, face à la concurrence mondiale et la baisse des cours du charbon, les puits ont fermé un à un sans que de nouveaux gisements soient rouverts. Aujourd’hui, 4 mines — Vorkoutinskaya, Vorgachorskaya, Komsomolskaya et Zapolyarnaya — restent en fonctionnement pour une exploitation prévue jusqu’en 2035-2037. Elles emploient environ 6.000 personnes.

Résultat : un exode de la population — divisée par quatre depuis le début des années 1990 quand la cité minière comptait plus de 200.000 habitants. Ce déclin s’accompagne de la mort progressive de zones d’habitation entières et de leurs infrastructures. Selon les chiffres officiels, l’ancien eldorado soviétique compterait environ 5.000 appartements municipaux inoccupés, dont plus de 4.000 dans les localités autour de Vorkouta. Plusieurs d’entre elles sont déjà des villages fantômes, comme Yourchor, Promychlenniy et Sovetskiy, offrant un paysage désolant de ruines, bâtiments aux vitres cassées, infrastructures rouillées… À Vorkouta, si le centre reste relativement animé, certains quartiers comptent de nombreux immeubles abandonnés...

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