Le renard polaire : une espèce sentinelle de la pollution de l’Arctique

Publié le 04.07.2007

Dans les régions polaires, la faune est particulièrement exposée aux polluants environnementaux qui s’accumulent dans les graisses. En haut de la chaîne alimentaire, les animaux tel que le renard polaire et l’ours blanc stockent ces composés chimiques et en possèdent les concentrations corporelles les plus importantes. Le renard polaire est un animal de référence pour mesurer l’impact des polluants persistants dans les écosystèmes arctiques car il est présent tout autour du cercle polaire arctique et permet donc de faire des comparaisons entre les régions.

Dans le numéro de Mars 2007 de la revue Environmental Pollution, une équipe de chercheurs norvégiens et suédois rapporte les résultats d’une étude réalisée au Svalbard sur 20 renards polaires Alopex lagopus, dans lesquels ils ont relevé d’importantes quantités de polluants organiques persistants.

L’étude porte sur l’évaluation de la concentration de plusieurs polluants de la classe des organochlorés et organobromés [1], tous considérés comme des carcinogènes probables et responsables d’anomalies congénitales et de troubles neurologiques et hormonaux [2] :

  • le PBDE (Polybromodiphényléther) et le PCB (polychlorobiphényles) de la classe des retardateurs de flamme couramment utilisé dans nos appareils et meubles tels que ordinateurs, télévisions, canapés (etc.,) où il sert à ralentir la propagation du feu ;
  • le DDE (dichlorodiphényldichloroéthylène, produit de dégradation du DDT dichlorodiphényltrichloroéthane) et le chlordane de la classe des pesticides ;
  • le HCB (hexachlorobenzène), sous-produit de procédés industriels de production et d’utilisation de chlore. Largement utilisés dans la seconde moitié du XXe siècle, ces composés sont maintenant interdits ou d’utilisation très limitée et règlementée.

Les niveaux de ces polluants organiques chez les renards sont mesurés en fonction de l’âge, du sexe, des conditions corporelles et du régime alimentaire.

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Renard polaire en livrée d’hiver au Spitsberg (Norvège)
© CNRS Photothèque / IPEV / DELBART Franck
UPS2928 - INSTITUT POLAIRE, PLOUZANE

Les résultats des mesures indiquent des niveaux de pollution trois à huit fois plus élevés chez les renards du Svalbard que chez ses congénères d’Islande, du Canada ou d’Alaska. Ces différences seraient attribuées à l’écologie alimentaire des renards du Svalbard dont les ressources alimentaires sont plus marines que terrestres.

Les concentrations importantes de tous ces polluants (sauf HCB) seraient liées à leur bioaccumulation dans la chaîne alimentaire marine. Au Svalbard, le régime alimentaire des renards polaires est surtout composé d’animaux marins tels que les jeunes phoques et les oiseaux de mer. Il se nourrit aussi de carcasses de phoques laissées par les ours blancs. A l’intérieur des terres, sur les continents, l’alimentation des renards est en revanche composée de rongeurs et de carcasses de rennes laissées par les loups, animaux moins exposés aux contaminants environnementaux.

Les chercheurs se sont penchés sur les mécanismes écologiques et physiologiques conduisant à l’accumulation corporelle des polluants chez le renard. Le cycle saisonnier des lipides, caractéristique des animaux vivant en région polaire, entraîne une augmentation de l’apport des contaminants aux organes sensibles et vitaux comme le foie, le cerveau et les reins, rendant ces animaux plus exposés à leur toxicité. En effet, ces composés chimiques sont stockés préférentiellement dans les graisses. En été, le renard polaire accumule des réserves de lipides pouvant aller jusqu’à 20% de sa masse corporelle. En hiver, durant les périodes de jeûne alimentaire, ainsi que pendant la période de gestation au printemps pour les femelles, les trois quarts des réserves de graisses fondent. Les contaminants eux ne sont pas éliminés, ils passent alors dans les autres organes, puis dans les muscles où ils s’accumulent au fil des années.

L’écologie et les adaptations des prédateurs de l’Arctique, tels que le renard polaire, leur imposant des longues périodes de jeûne alimentaire, rendent ces animaux particulièrement exposés aux substances toxiques persistantes dans l’environnement.

Alain Zasadzinski, INIST-CNRS, Marie-Laure Masquilier , INIST-CNRS

[1]Composés chimiques contenant du chlore ou du brome.

[2]Informations détaillées sur les principaux polluants environnementaux de l’Arctique sur le site de Environnement Canada.

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