Le retour du thon rouge en Europe du Nord enfin expliqué

Publié le 19.02.2019 - Actualité du CNRS-INSU du 02/01/2019

Le thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus), une des espèces de poisson les plus emblématiques de nos océans et les plus commercialement exploitées, est de retour en Europe du Nord depuis quelques années. L’espèce, autrefois pêchée abondamment en Manche et mer du Nord, avait rapidement disparu de cette zone au début des années 1960. Les causes de tels changements restaient énigmatiques. Une étude menée par une équipe internationale impliquant le Laboratoire d’océanologie et de géosciences (LOG, CNRS/Université de Lille/ULCO) et le Laboratoire biologie des organismes et écosystèmes aquatiques (BOREA, MNHN/Sorbonne Université/UCN/UA/CNRS/IRD), explique sa disparition passée et son retour actuel par un phénomène climatique cyclique et naturel qui influence l’océan Atlantique à grande échelle

Le thon rouge de l’Atlantique (Thunnus thynnus), une des espèces de poisson les plus emblématiques de nos océans et les plus commercialement exploitées, mais aussi une des plus menacées, est de retour en Europe du Nord depuis quelques années. L’espèce, autrefois pêchée abondamment en Manche et mer du Nord, avait rapidement disparu de cette zone au début des années 1960. Une étude explique sa disparition passée et son retour actuel par un phénomène climatique connu sous le nom d’oscillation multi-décennale Atlantique, ou AMO. Bien que le retour du thon rouge en Europe du Nord pourrait inciter les gestionnaires de pêcheries à relaxer les quotas actuels de pêche, l’abondance totale de l’espèce n’aurait pas nécessairement augmenté. Seule sa distribution spatiale aurait été modifiée, les augmentations locales d’abondance dans certaines zones étant probablement compensées par des diminutions locales dans d’autres régions. Il serait par conséquent dangereux d’acter trop hâtivement l’augmentation des quotas de pêche. Un examen plus approfondi de l’origine des causes de variations d’abondance du thon rouge doit être mené sur l’ensemble des zones où l’espèce est actuellement observée.

L’étude menée par Robin Faillettaz (Université de Lille), Grégory Beaugrand (CNRS), Eric Goberville (Sorbonne Université) et Richard Kirby (Fondation Secchi Disk) dans le cadre du programme scientifique CLIMIBIO (http://climibio.univ-lille.fr/) montre que la variabilité hydroclimatique à large échelle spatiale, et notamment les phases d’alternance positives et négatives de l’AMO, explique la présence ou l’absence de ce grand prédateur en Manche et mer du Nord. Pour arriver à ces conclusions, les scientifiques ont examiné (1) l’intensité des captures de thon rouge dans l’océan Atlantique Nord-Est au cours des derniers siècles et (2) les changements de distribution spatiale de l’espèce. Les résultats sont sans équivoque : l’AMO module les fluctuations d’abondance du thon rouge et contrôle sa distribution géographique.

L’AMO, une oscillation naturelle des températures océaniques de surface dans l’Atlantique, alterne entre phases chaudes et froides sur des périodes de temps de l’ordre de 70 ans, avec des différences de température entre ces phases légèrement inférieures à 1°C. Néanmoins, le phénomène affecte des processus atmosphériques et océanographiques complexes dans l’ensemble de l’hémisphère Nord, comme l’intensité et la direction des courants océaniques, les alternances sardine/hareng en Manche, les épisodes de précipitations ou encore l’intensité et la fréquence des ouragans. La production primaire planctonique (la base du réseau trophique en milieu marin) étant très sensible à la température, les variations de l’AMO peuvent induire des conséquences notables sur les systèmes biologiques.

Lors d’une phase positive (chaude) de l’AMO, le thon rouge remonte jusqu’au Groenland, l’Islande et la Norvège à la recherche de nourriture...

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