Les agressions sexuelles au Groenland : un problème de société

Publié le 29.11.2007

Dans ce vaste territoire de l’Arctique, les agressions sexuelles revêtent certains caractères liés à la structure des relations sociales et au mode de vie.

Une équipe de médecins s’est intéressée au problème des violences sexuelles au Groenland dans le but d’en comprendre leurs spécificités. Leur étude s’appuie sur une analyse des dossiers de police relatifs aux viols et tentatives de viol.

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Sur 173 cas recensés en 2002, 82 ont été examinés. La plupart (85%) concernaient des viols, dont 44% sur des femmes de moins de 20 ans, 12% sur des femmes de plus de 40 ans, et quatre sur des hommes. Tous les agresseurs étaient de sexe masculin, généralement plus âgés que leur victime.

L’agression était le plus souvent commise par une personne familière, un ami ou une connaissance, et les faits se sont produits lors de soirées chez des particuliers. Dans 16% des cas, d’autres personnes étaient présentes dans des pièces adjacentes, et parfois même, dormaient dans la pièce où a eu lieu l’agression.

Sur les 75 agresseurs connus des victimes, environ un tiers étaient alcooliques. Concernant les victimes près de la moitié étaient ivres, et 27% présentaient une amnésie quant aux circonstances du viol. L’intoxication éthylique sévère était plus fréquente lorsque l’agresseur était connu de la victime. Le problème des agressions sexuelles au Groenland serait ainsi étroitement lié à l’abus d’alcool.

Autre aspect important de l’étude : l’usage de violence est peu fréquent. Dans 65 cas (79%), la victime n’a pas opposé de résistance physique au viol, soit par peur, soit du fait de l’état d’ébriété. Des violences avec blessures n’ont été relevées que dans seize cas. Il a été constaté à cinq reprises, des plaies, des coups de poignard, des marques de strangulation et des fractures.

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Oqaatsut, village de chasseurs et de pêcheurs inuits dans la baie de Disko, sur la côte Ouest du Groenland
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Les caractéristiques des agressions sexuelles au Groenland diffèrent de celles rapportées par la police dans d’autres pays, tout comme au Danemark. Ceci peut s’expliquer par la structure de la société de cette grande île de l’Arctique, où la population est disséminée à travers un territoire étendu. La plupart des gens vivent dans de petites villes ou des villages, et les habitants y entretiennent des relations étroites.

Au Groenland, dans la plupart des cas de viol, l’équipe médicale du district examine la victime, recueille les preuves médicolégales en utilisant un kit standard. Elle soigne les conséquences physiques des agressions. Mais, contrairement aux autres pays nordiques, il n’y a aucune aide psychosociale formalisée, ni aucun suivi médical. Les auteurs de l’étude recommandent la mise en place de services d’aide aux victimes, conformément aux normes en vigueur dans les autres pays nordiques. Le problème de l’alcoolisme doit être également pris en compte dans la mise en œuvre de mesures préventives.

Etant donné les relations très proches entre la plupart des agresseurs et leurs victimes, les auteurs ajoutent qu’il serait peut-être indiqué, sur le plan judiciaire, de mettre en place des solutions de médiation, plutôt que de recourir à l’emprisonnement.

Laurent Panes, INIST-CNRS

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