• Accueil
  • Articles de vulgarisation
  • Dossiers thématiques
  • Les hommes du Paléolithique chassaient le mammouth en Sibérie arctique et avaient ainsi atteint le Grand Nord bien plus tôt qu’on ne l’imagine au cours du Pléistocène supérieur ! - Impact envers la mégafaune et incidence quant à la chronologie de la conquête de l’Amérique du Nord

Les hommes du Paléolithique chassaient le mammouth en Sibérie arctique et avaient ainsi atteint le Grand Nord bien plus tôt qu’on ne l’imagine au cours du Pléistocène supérieur ! - Impact envers la mégafaune et incidence quant à la chronologie de la conquête de l’Amérique du Nord

Publié le 05.10.2016

C’est en effet ce que révèlent des traces d’origine anthropique ayant été observées sur des ossements d’un mammouth laineux exhumé du pergélisol de l’Arctique sibérien et qui prouvent que l’homme était présent au-delà du cercle polaire dès le Paléolithique moyen, il y a environ 45 000 ans d’après les datations obtenues sur les restes en question, autrement dit, à une époque plus ancienne d’environ 10 000 à 15 000 ans comparée à ce qui classiquement était admis jusqu’alors. Ces considérations interpellent par ailleurs en ce sens qu’elles sont en mesure de relancer le débat sur l’éventuelle responsabilité humaine, que d’aucuns supposent déterminante, concernant l’origine des extinctions ayant affecté les mégafaunes de la fin du Quaternaire.

JPEG - 162.3 ko
Mammouth laineux (Mammuthus primigenius)
Reconstitution du Musée national d’histoire naturelle de Stuttgart (Allemagne).
Crédit photo : Apotea, Wikimedia Commons
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Les preuves d’une dispersion humaine dans les régions situées à proximité ou au-delà du cercle polaire (qui s’étend le long du 66e parallèle), dans la mesure où elle se serait produite antérieurement à 40 000 ans, sont très rares dans le nord de l’Eurasie [1]. D’une manière générale, des traces d’occupation qui précéderaient le dernier maximum glaciaire sont quasiment inexistantes, ce qui fit longtemps dire aux scientifiques, avant que ne soient divulgués les résultats d’études récentes mais cependant en nombre restreint, que l’homme n’avait probablement pas atteint les régions arctiques avant la limite Pléistocène-Holocène. En Sibérie occidentale, la découverte la plus septentrionale qui ait été enregistrée à ce jour concerne un ossement humain [2], dont l’âge est effectivement de l’ordre de - 45 000 ans, mais celui-ci provient d’un site localisé aux environs de 57 degrés de latitude nord et donc bien en deçà du cercle polaire. Ailleurs en Arctique [3], les premières manifestations de présence humaine sont couramment considérées comme datant tout au plus de - 30 000 ans ou de - 35 000 ans avant le présent.

JPEG - 80.6 ko
Bébé mammouth du pergélisol de Sibérie
"Dima" : jeune mammouth laineux âgé de 6 à 8 mois, mort il y a 39 000 ans et découvert dans le pergélisol du bassin de la rivière Kolyma, en Sibérie du Nord-Est.
Source : Wikimedia Commons
Domaine public

Il a récemment été mentionné (Pitulko et al., 2016) qu’une équipe scientifique russe avait mis au jour en 2012 une carcasse de mammouth laineux (Mammuthus primigenius), prisonnière du pergélisol de la côte est de la baie de Ienisseï, dans la partie centrale de l’Arctique sibérien, aux environs de 72 degrés de latitude nord et donc au-delà du cercle polaire cette fois-ci. L’originalité de cette découverte ne provient pas de la trouvaille en elle-même qui somme toute demeure de nos jours relativement banale du fait de l’accélération de la dégradation du pergélisol [4].

Son intérêt est en fait tout autre en ce sens qu’elle a permis de mettre en évidence sur certains ossements du Mammuthus, notamment plusieurs de ses côtes, des traces provoquées par des objets lithiques extrêmement tranchants (probablement des pointes de lances en silex), dont des micro-fragments furent d’ailleurs retrouvés insérés dans l’os au niveau des blessures de l’animal. En parallèle, si l’une des défenses avait disparu, la seconde porte des traces qui dénotent une tentative de séparation vis-à-vis du reste du crâne. En outre, son extrémité, d’ordinaire arrondie, a été retravaillée dans le but d’en extraire, selon des techniques qui se répandront ensuite plus largement en Arctique, de fines lamelles d’ivoire destinées à la fabrication d’outils tranchants (pour entre autres le découpage de la viande), en remplacement d’artefacts lithiques dont la matière première n’était pas forcément présente alentour. Furent aussi observées d’autres lésions au niveau des os du crâne, en particulier des impacts vers le sommet de celui-ci, qui au même titre que les jets (ou coups) de lances sur les flancs du pachyderme, sont considérés comme peri mortem (ayant en l’occurrence participé à entraîner la mort), alors que d’autres sont post mortem, en particulier une fragmentation du ramus mandibulaire (partie montante de l’os de la mandibule), dont les auteurs estiment qu’il s’agit d’un geste intentionnel en vue de faciliter le prélèvement de la langue, qui manifestement devait constituer un mets de choix si l’on en juge par la fréquence élevée de ce mode opératoire lorsque nous sommes en présence, tous sites confondus, de scènes de boucherie vis-à-vis de cette espèce.

JPEG - 264.9 ko
Lésions au niveau des os du Mammouth
Affectant en particulier certaines des côtes de l’animal, on remarquera qu’elles ont manifestement été provoquées par des instruments lithiques très effilés (en l’occurrence des pointes de lances), dont des micro-fragments sont encore présents (tel celui visible en haut à droite notamment), insérés dans l’os.
Illustration issue de l’article original, par Pitulko V. V. et al. (2016), sous accès réservé.

L’ensemble de ces particularités traduisent à l’évidence une action de prédation dont sont responsables les hommes de l’époque, ce qui suppose que ces derniers devaient eux-mêmes être adaptés aux conditions climatiques rigoureuses de la région, a fortiori durant cette période froide qui préfigurait le dernier maximum glaciaire (cf. note n° 6). Des ossements du mammouth, ainsi que des fragments végétaux (de saule arctique en particulier) exhumés à proximité au sein du pergélisol, ont fait l’objet de datations au radiocarbone, ayant conduit à des âges voisins de - 45 000 ans, c’est à dire nettement plus anciens que ceux qui jusqu’à présent étaient considérés comme synchrones de l’arrivée des premiers paléolithiques dans ces contrées pour le moins inhospitalières (au maximum de l’ordre de - 30 000 ans à - 35 000 ans comme indiqué plus haut, d’après les rares indices de présence humaine ancienne ayant été préalablement décelés en Arctique). Il convient ainsi d’envisager un bon en arrière de 10 000 à 15 000 ans, dont l’importance n’est pas anodine. Cette période du Pléistocène supérieur est contemporaine d’une occupation du continent eurasiatique, en particulier de sa partie européenne, par l’homme de Néandertal (Homo neanderthalensis). De même, elle correspond à l’arrivée dans ces régions de l’homme anatomiquement moderne (Homo sapiens), en provenance d’Afrique et dont le début de l’expansion en Europe, occidentale tout du moins, serait précisément datée de 45 000 ans (pour ce qui concerne une seconde vague de migration depuis l’Afrique, succédant à une vague antérieure datée de 60 000 ans ou plus ancienne encore selon les résultats de diverses études paléo-génétiques). Il est ainsi possible que nous soyons en présence de l’homme de Néandertal du fait de son implantation ancienne sur le continent, tout autant que de son adaptation au froid pour le moins réussie durant, a minima, les deux dernières glaciations du Pléistocène qu’il a su traverser, ou presque, en Eurasie (le Riss puis le Würm, avant-dernière et dernière périodes glaciaires dans la nomenclature des glaciations pléistocènes alpines d’Europe occidentale), avant de disparaître [5] aux environs de - 30 000 ans ou un peu plus récemment si l’on tient compte des régions tout à fait occidentales d’Europe de l’Ouest qui auraient en quelque sorte joué un rôle de zones refuges (le rocher de Gibraltar en particulier où des niveaux d’occupation moustériens dateraient de 24 000 ans). Mais il peut tout aussi bien s’agir de Sapiens qui, il y a 45 000 ans, venait tout juste d’atteindre l’Europe, bien que nous soyons en droit d’imaginer que celui-ci n’était peut-être pas encore tout à fait en mesure d’affronter les conditions climatiques des contrées les plus septentrionales, d’autant que la période considérée correspond à un interstade situé au cœur de la dernière glaciation [6]. A moins qu’il ne s’agisse d’un Homo sapiens de la première vague, dont on sait que des représentants étaient antérieurement présents et de longue date au Proche-Orient, certains d’entre eux ayant ainsi pu migrer très tôt en direction des zones arctiques ? A moins, et pour finir, que l’on soit en présence du troisième représentant connu des hominidés qui furent en mesure de s’être côtoyés (et pas seulement d’après la paléogénétique...) sur le continent à l’époque, en l’occurrence l’homme de Denisova [7] ?

PNG - 20 ko
Chronologie simplifiée du Würm, notre dernière glaciation
Les restes du mammouth étudiés ici datent de l’interstade dénommé interpléniglaciaire würmien ou Würmien moyen, séparant deux phases de maximum glaciaire.
Source : Juraastro, Wikimedia Commons
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Les auteurs de l’étude estiment que des avancées significatives au niveau des techniques de chasse, déployées à l’encontre du mammouth en particulier, auraient probablement permis à ces groupes de chasseurs du Paléolithique d’atteindre la partie la plus au nord de la Sibérie arctique et d’y essaimer. Ces déplacements en direction des latitudes septentrionales seraient dès lors susceptibles d’avoir pu faciliter l’arrivée des humains dans la région du détroit de Béring, qui à l’époque était constituée d’une mince langue de terres émergées, ayant pu les inciter à entrer sur le continent américain à l’aube du dernier maximum glaciaire (couvrant la période - 26 500 ans à - 19 000 ans), pour ce qui concerne Sapiens tout du moins. Les chercheurs considèrent en effet que nous serions bien en présence de l’homme moderne plutôt que de Néandertal, Sapiens qui dès le Paléolithique moyen, était probablement lui aussi adapté aux conditions climatiques des contrées nordiques. Il aurait atteint ces hautes latitudes de l’Arctique en suivant les troupeaux de mammouths qui lui apportaient la nourriture ainsi que les peaux dont il confectionnait des habits afin de se protéger du froid. Il se pourrait bien qu’il ait donc conquis l’Amérique plus tôt qu’on ne le pense habituellement [8].

JPEG - 186.3 ko
Le mammouth laineux était parfaitement adapté à l’environnement glaciaire
Crédit image : Giant Screen Films, 2012, D3D Ice Age, LLC
PennStateSCIENCE

Quand bien même les activités de chasse aux confins des régions arctiques semblent peu répandues durant cette période de la fin du Pléistocène si l’on se réfère à la rareté des indices parvenus jusqu’à nous, elles sont en mesure d’entretenir le débat concernant la disparition du mammouth laineux, mais aussi d’un ensemble d’autres grands mammifères adaptés à l’environnement glaciaire. Les causes des extinctions ayant affecté les mégafaunes de la fin du Quaternaire sont en effet controversées aujourd’hui encore parmi la communauté scientifique. Certains considèrent que les changements climatiques en seraient principalement à l’origine, entraînant notamment des modifications des ressources alimentaires qui affectèrent en premier lieu les herbivores puis les carnivores qui s’en nourrissaient. A propos du mammouth laineux en particulier, sa principale phase de disparition survint il y a près de 11 000 ans, vers la fin de la dernière glaciation (aux environs de la limite Pléistocène-Holocène), mais les derniers représentants de l’espèce, atteints de nanisme insulaire du fait d’une adaptation dictée par la raréfaction de leur nourriture, survécurent durant l’Holocène

JPEG - 6.7 ko
Pointe de clovis
Exemplaire issu du site éponyme, au Nouveau-Mexique, daté d’environ 13 500 ans (période paléo-indienne).
Crédit photo : Virginia Dept. of Historic Ressources - Wikimedia Commons.
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

au nord de la Sibérie, sur l’île de Wrangel, avant de disparaître définitivement aux environs de 4 000 ans avant le présent. De la même manière, d’autres persistèrent jusque vers 5 600 ans sur l’ile Saint-Paul, située au sud-ouest de l’Alaska et qui fit un temps partie des zones émergées de l’actuel détroit de Béring, devenant une île à part entière il y a environ 14 000 ans. Ces deux exemples de zones refuges insulaires ont permis au mammouth de survivre quelques milliers d’années encore après avoir totalement disparu des régions continentales, possiblement en raison des bouleversements climatiques à l’origine de la déglaciation et de modifications de la végétation ainsi que de son habitat mais vraisemblablement aussi à cause de la chasse dont il était victime. C’est ce qui ressort de la découverte d’importants amoncellements d’ossements, présents tant en Europe (dans les plaines de Moravie et d’Ukraine notamment) qu’en Amérique du Nord et qui suggèrent qu’ils pourraient témoigner de massacres de masse en fonction des armes qui leur sont associées, s’agissant de pointes de sagaies ou de lances en particulier [9].

Il n’est sans doute pas un hasard de constater en effet que vers la fin de la dernière période glaciaire, ce sont surtout les zones continentales et les îles nouvellement conquises par Homo sapiens qui ont vu leurs espèces de grande dimension disparaître. En l’occurrence, les premières extinctions qui se sont produites en Amérique du Nord à la fin du Pléistocène et au début de l’Holocène (regroupées sous la dénomination "d’extinctions du Pléistocène du Nouveau Monde"), sont rapides et même brutales à l’échelle des temps géologiques et concernent bien souvent de grands animaux représentatifs d’espèces ayant pourtant survécu à trois glaciations antérieures. Bien que d’autres facteurs puissent intervenir de façon concomitante, de nombreux signes sont en faveur d’une intervention humaine dans ces extinctions de la fin du Quaternaire, en particulier une surchasse des grands animaux, s’agissant de la période préhistorique tout du moins.

PNG - 501.8 ko
Extension maximale des glaces de l’hémisphère Nord durant le Quaternaire
Extension subactuelle (en noir) et extension maximale (surimposée en gris) atteinte au cours du Quaternaire. Au plus fort des dernières glaciations, les calottes glaciaires (inlandsis) recouvraient une grande partie du nord de l’Eurasie, dont l’Angleterre, la Scandinavie et une bonne part de la Sibérie, ainsi que les mers marginales de l’océan Arctique depuis la mer de Barents jusqu’à la mer de Laptev, au même titre qu’une grande partie de l’Amérique du Nord.
Crédit image : Hannes Grobe, Wikimedia Commons
Certains droits réservés : Licence Creative Commons

Il est manifeste que durant les derniers cinquante mille ans, en excluant l’Afrique et l’Asie du sud, les espèces animales représentées par des individus de plus d’une tonne ont disparu à 80 pour cent parallèlement à l’arrivée des hommes dans les régions concernées, alors que les espèces de moins de 45 kilogrammes ont généralement mieux résisté en comparaison. Il existe en fait tout un faisceau d’indices qui suggèrent que les extinctions tant préhistoriques que protohistoriques sont bien liées aux activités humaines. On observe notamment que partout dans les zones actuellement tempérées, mais correspondant à des zones froides durant les dernières glaciations, la mégafaune et une partie des autres espèces ont fortement décru et de manière corrélée avec l’envahissement de ces régions par l’homme, plus exactement avec l’extension des populations humaines qui étaient en passe de se sédentariser. Si un brusque changement climatique est lui aussi en mesure de fragiliser un biotope et par conséquent d’entraîner des disparitions au sein de la faune qui n’aurait pas suffisamment eu le temps de s’adapter ou éventuellement de migrer vers d’autres régions non encore affectées (comme ont pu le faire les mammouths s’étant réfugiés sur certaines îles de la zone arctique), on peut objecter que dans le cas de la mégafaune australienne par exemple, les extinctions se sont déroulées sur une longue période (entre environ - 50 000 ans et - 20 000 ans) et sous des climats fort différents selon les époques, antérieurement de surcroît au dernier maximum glaciaire et donc bien avant le réchauffement qui s’ensuivit. Par ailleurs, d’autres extinctions se sont produites sans qu’aucun changement climatique n’intervienne, comme à Madagascar, en Nouvelle-Zélande ou encore en Amérique du Sud.

JPEG - 232.6 ko
"Le Mammouth" de Paul Jamin (1853-1903)
Esquisse préfigurant le tableau réalisé pour le Salon de 1885.
Source : Wikimedia Commons
Domaine public

A l’appui de l’hypothèse d’une responsabilité humaine quant aux extinctions préhistoriques de la fin du Pléistocène et en reprenant l’exemple de l’Amérique du Nord en particulier, il est bon de retenir que 34 genres de grands mammifères (sur 45) se sont éteints au cours des cinquante derniers milliers d’années sur ce continent et que parmi ceux-ci, une quinzaine ont sans conteste disparu sur un intervalle de temps très court, compris entre 11 500 ans et 10 000 ans avant notre ère, la plupart des extinctions s’étant produites à d’autres moments l’ayant fait elles aussi dans des fourchettes de temps très restreintes. L’extinction de la mégafaune concerne en particulier douze genres d’herbivores comestibles (par l’homme) et cinq genres de grands carnivores dangereux (vis-à-vis de celui-ci). Mais les survivants apparaissent tout aussi significatifs, s’agissant de bisons, d’élans, de rennes, de divers autres cervidés, de bœufs musqués, de mouflons, de chèvres des montagnes Rocheuses, etc., qui tous ou presque descendent d’ancêtres asiatiques dont on peut supposer qu’ils s’étaient adaptés à la présence de l’homme et dont on comprend qu’ils aient pu ainsi adopter des stratégies de survie face à ce superprédateur "non-naturel". On pense que celui-ci utilisait préférentiellement des propulseurs pour décupler la puissance du jet de ses lances et sagaies afin d’abattre les grands animaux.

Un des principaux arguments avancés tendant à s’opposer à cette hypothèse d’une extermination préhistorique massive de la mégafaune est de considérer que ces groupes de chasseurs du paléolithique étaient probablement trop peu nombreux pour avoir pu exercer une pression de prédation suffisante au point de modifier l’écologie des faunes de l’époque (cf. note n° 9). Les scénarios faisant appel aux seuls changements climatiques ne résistent cependant pas davantage à un examen approfondi. Ainsi d’autres suppositions, plus contreversées, sont parfois émises, en l’occurrence la survenue de maladies, une chute de météorites, ou encore l’intervention d’un lessivage des sols ayant entraîné des carences en sels minéraux chez les grands herbivores et notamment le mammouth laineux, participant au déclin de telles espèces [10].

JPEG - 19.2 ko
Utilisation de propulseurs pour optimiser le lancer de sagaies
Action de chasse à l’encontre de cervidés utilisant des propulseurs permettant de décupler la force des lances et des sagaies.
Source : Survival Gear

Selon d’autres auteurs, il n’est pas impossible qu’en tout état de cause soit intervenu un faisceau synergique de processus, l’évolution du climat en particulier ayant été susceptible d’un effet exacerbant vis à vis des régressions faunistiques/floristiques. Parallèlement les humains, notamment par le biais de déforestations massives ayant entraîné des phénomènes d’érosion et de désertification, ont pu amplifier les effets du dérèglement climatique à l’échelle globale ou plus régionale. D’importantes émissions de gaz à effet de serre auraient pu être induites par des destructions majeures intentionnelles de la forêt par le feu, et ce, dès la fin de la préhistoire, tel que cela se serait produit en Chine il y a environ 8 000 ans. En outre, la transformation du milieu (anthropisation) par les incendies (écobuage), les défrichements et les mises en culture sur brûlis, mais aussi les brûlis déclenchés uniquement dans le but d’optimiser la chasse (en permettant de rabattre le gibier) ont potentiellement pu participer à profondément modifier la flore de régions entières et avoir eu des conséquences quant à la faune qui en dépendait.

JPEG - 527.1 ko
Le rhinocéros laineux (Coelodonta antiquitatis) : un autre représentant de la mégafaune du Pléistocène supérieur
S’avérant certainement très difficile à chasser en raison de sa dangerosité, il disparut néanmoins lui aussi à la fin de la dernière glaciation.
Reconstitution présentée au public sur le site du fac-similé de la grotte Chauvet, à proximité de Vallon-Pont-d’Arc (Ardèche).
Crédit photo : Vincent Guili - Banque Nationale de Photos en S.V.T. Certains droits réservés (libre de droits pour un usage non commercial).

Des études récentes dont l’une en particulier est fondée sur une analyse précise à l’échelle de l’ensemble du globe de la répartition à un niveau régional des extinctions de grands mammifères (d’un poids supérieur ou égal à 10 kilogrammes), s’étant produites entre le début du dernier interglaciaire (il y a 132 000 ans avant le présent) et la fin de l’Holocène (vers 1 000 ans avant le présent), tendent à démontrer que la sévérité des extinctions est en fin de compte fortement liée à la répartition géographique des hominidés aux époques considérées. Elle le serait beaucoup moins vis-à-vis des changements climatiques, un lien de cause à effet éventuel quoique faible avec ces derniers ayant pu effectivement se surajouter aux actions humaines mais uniquement en Eurasie. Ces études concluent que l’homme moderne serait donc bien le responsable primordial de la disparition des mégafaunes du Quaternaire supérieur à travers le monde [11].

JPEG - 19.3 ko
Extrémité du propulseur "au faon" du Mas d’Azil (Ariège)
Sculpté dans un bois de renne et datant d’environ 13 000 ans (Magdalénien supérieur), il est muni d’une encoche (partie gauche) où étaient insérées les sagaies.
Source : Hominidés

Au regard de l’extinction que nous connaissons aujourd’hui et en prenant uniquement en considération l’impact de l’homme, il apparaît que la vulnérabilité des espèces et leur vitesse d’extinction augmentent effectivement en parallèle de l’expansion des populations humaines, de sorte qu’il n’y a sans doute pas lieu de séparer les extinctions de la fin de la dernière période glaciaire de celles qui ont suivies aux temps protohistoriques, historiques puis actuels. Certains auteurs estiment que le taux d’extinction des espèces est de nos jours 100 à 1 000 fois supérieur au taux d’extinction moyen couvrant l’ensemble de l’histoire de la planète. En outre et à la différence des extinctions antérieures, elle concernerait un grand nombre d’espèces végétales en plus de la faune. D’aucuns supposent que nous sommes à l’aube d’une extinction massive sans précédent, indiscutablement d’origine anthropique (extinction de l’Anthropocène nommée aussi sixième extinction en référence aux cinq grandes extinctions de masse ayant préalablement jalonné l’histoire de la Terre [12]). Elle s’accélèrerait aujourd’hui de manière fulgurante au point que la moitié de l’ensemble des espèces vivantes subsistant actuellement pourraient avoir disparu d’ici une centaine d’années. D’autres prévisions, plus pessimistes encore, font état de la disparition de la majorité des espèces d’ici la fin du XXIe siècle, ne précisant pas si l’homme en ferait partie...

JPEG - 65.6 ko
La Vénus de Brassempouy (ivoire de mammouth laineux)
L’une des plus anciennes représentations à visage humain. Découverte dans le département des Landes, elle est datée du Gravettien, vers moins 25 000 ans.
Crédit photo : Jean-Gilles Berizzi, Wikimedia Commons
Domaine public

Parallèlement à l’évolution de son armement et, d’une façon plus controversée, de son intelligence dont il est souvent bien loin de faire preuve vis-à-vis des êtres qui l’entourent, y compris de lui-même (plus de 100 000 éléphants ont été exterminés en Afrique en seulement trois années, entre 2010 et 2012, et ça n’était pas pour leur viande, remettant sérieusement en question la survie à court terme de l’espèce dans son milieu naturel), l’homme oublie qu’en somme il partage avec eux des origines communes et que tous font partie intégrante d’un écosystème dont il n’est que le composant devenu beaucoup trop envahissant. A l’instar de l’accélération du réchauffement climatique dont nous ne saurions dorénavant douter que nous en sommes les principaux responsables, il semble indéniable qu’Homo sapiens soit de nos jours l’auteur d’atteintes extrêmement sévères envers la biodiversité, qui font que manifestement l’humanité pourrait bien être à l’origine des bouleversements majeurs qui affectent actuellement notre planète, ces derniers de surcroît étant appelés à s’intensifier au cours des années et des décennies à venir si nous ne prenons la mesure, à la condition qu’il en soit encore temps, des revirements à entreprendre rapidement, notamment en matière de lutte contre l’effet de serre et de protection des écosystèmes et des organismes.

Malgré les atteintes envers la faune dont on les accuse, il y a en définitive fort à parier que les peuplades du Paléolithique, sans doute animées, certes, d’un instinct de survie ô combien nécessaire dans le contexte environnemental et en particulier climatique difficile de l’époque, devaient néanmoins respecter, bien plus que nos sociétés, une vie en harmonie avec la nature et notamment le bestiaire qui les entourait, ce qu’elles tentèrent plausiblement de transcrire au plus profond des grottes, en ne s’imaginant probablement pas que leurs témoignages traverseraient les âges !...

JPEG - 555.2 ko
La fuite devant le mammouth
Paul Jamin (1853-1903) - Huile sur toile, 1885 (détail)

Gilles Banzet, INIST-CNRS

[1] Voir en particulier l’article intitulé : "Human presence in the European Arctic nearly 40,000 years ago", par P. Pavlov et al. (2001), Nature, 413, 64-67, DOI : 10.1038/35092552 (en accès libre), qui décrit des traces d’occupation humaine datant de près de 40 000 ans sur le site paléolithique de Mamontovaya Kurya, situé dans la partie européenne de l’Arctique russe. Il y fut en particulier découvert des artefacts lithiques, des ossements d’animaux ainsi qu’une défense de mammouth portant des incisions réalisées à l’aide d’un outil tranchant, démontrant que l’homme était indubitablement présent à l’époque dans cette partie tout à fait septentrionale de la Russie.

[2] Il s’agit en l’occurrence d’un fémur exhumé par un chasseur d’ivoire en quête de restes de mammouths sur l’une des berges de la rivière Irtych, dans l’oblast d’Omsk, plus précisément à proximité d’Ust’-Ishim (d’où le nom du fossile), dont il a été établi qu’il appartenait à un Homo sapiens et dont le génome complet fut déterminé par l’équipe de Svante Pääbo du Max-Planck Institute for Evolutionary Anthropology de Leipzig, en Allemagne. Voir sur note site l’article intitulé : "Les révélations du séquençage du génome d’un "homme moderne" de 45 000 ans" séquençage qui permit d’obtenir à ce jour le plus ancien génome complet d’un homme anatomiquement moderne. Il fut d’ailleurs étonnamment constaté qu’il comportait déjà à cette époque une certaine proportion de gènes hérités de l’homme de Néandertal, indiquant qu’une hybridation serait intervenue précocement entre les deux hominidés, qui de toute évidence avaient eu l’occasion de se rencontrer dès - 100 000 ans au Moyen-Orient puis plus au Nord quelque temps plus tard (voir l’article original intitulé : "Genome sequence of a 45,000-year-old modern human from western Siberia", par Q. Fu et al. (2014), Nature, 514 (7523), 445-449, DOI : 10.1038/nature13810, sous accès réservé).

[3] C’est en particulier le cas du site de Byzovaya, localisé dans l’ouest de l’Oural, juste au-dessous du cercle polaire arctique, région beaucoup plus froide à l’époque (quelque 33 000 ans en arrière) comparé à actuellement et où fut retrouvée une industrie lithique de facture moustérienne parmi de nombreux ossements d’animaux, incitant ses inventeurs à envisager que l’homme de Néandertal pouvait en être à l’origine plutôt que Sapiens. Ainsi cette région, au même titre que certaines zones d’Europe occidentale, aurait-elle joué le rôle de zone refuge mais cette fois tout à fait septentrionale, pour des populations néandertaliennes supposées en cours de régression et qui auraient ainsi subsisté quelque temps encore dans ces zones reculées situées à proximité du cercle polaire. D’autres chercheurs y voient plutôt la présence de groupe de Sapiens ayant "poussé" jusqu’en Arctique à partir de latitudes plus basses, depuis l’Asie occidentale, au moins sur une base saisonnière. Le débat est loin d’être clos et fait dire aux partisans de Néandertal que celui-ci n’aurait pas disparu en raison de changements climatiques ou d’une quelconque infériorité culturelle, montrant à l’inverse des capacités d’adaptation tout à fait remarquables durant le Paléolithique moyen puisqu’il eut été apte à conquérir ces contrées septentrionales de l’Arctique, la culture moustérienne, loin s’en faut, ne devant être considérée comme archaïque (voir l’article intitulé : "Late Mousterian persistence near the Arctic Circle", par L. Slimak et al. (2011), Science, 332 (6031), 841-845, DOI : 10.1126/science.1203866, sous accès réservé).

[4] Induite par le réchauffement planétaire, cette fonte accélérée du pergélisol affecte tout particulièrement la région arctique (voir par exemple sur notre site le dossier intitulé : "Transfert accru de carbone du pergélisol vers l’océan Arctique et dégazage des tourbes de Sibérie en réponse au réchauffement planétaire" qui notamment met l’accent sur les transferts de nutriments en provenance de sols en cours de décongélation, ainsi que les rejets dans l’atmosphère de dioxyde de carbone et de méthane issus des mares de thermokarst sibériennes résultant de la dégradation du pergélisol environnant. De même que l’article intitulé : "De l’influence des caractéristiques et de l’épaisseur de la neige sur les températures de surface du sol - Conséquences quant au devenir du pergélisol en Arctique" fait état de perspectives d’évolution plutôt pessimistes, sinon alarmantes, du pergélisol des régions arctiques et subarctiques). Cette dégradation du pergélisol intensifie par conséquent les possibilités d’exhumer d’anciens représentants de la mégafaune quaternaire que l’on retrouve parfois dans des états de conservation tout à fait remarquables (voir sur notre site l’article relatant la découverte d’un mammouth juvénile extrêmement bien conservé et âgé de 40 000 ans, issu du pergélisol de la péninsule de Yamal, en Sibérie occidentale : "Lyuba, le petit mammouth venu du froid"), au même titre que des végétaux qui de surcroît ont pu rester en vie dans la mesure où il fut possible d’en obtenir la germination malgré des dizaines de milliers d’années de congélation (voir sur notre site l’article décrivant les circonstances de l’exhumation des restes d’une plante dans le pergélisol de Sibérie orientale et les procédés ayant conduit à la ramener à la vie : "Le réveil inattendu d’une plante du Pléistocène supérieur après un séjour de plus de 30 000 ans dans le sol gelé de Sibérie !"). Il en est de même de certaines formes de vie beaucoup plus primitives, en particulier des virus, ayant pu, là encore, être réactivés après avoir été piégés sur une durée similaire, au point qu’il a été envisagé que certains agents pathogènes pourraient aujourd’hui réapparaître et menacer les populations du fait du réchauffement en cours (voir sur notre site les articles décrivant la découverte et la réactivation de deux mégavirus du Pléistocène issus du pergélisol de Sibérie orientale : "Un virus géant resurgit du passé après un sommeil de 30 000 ans dans le sol gelé de Sibérie" et "Un nouveau virus géant daté de 30 000 ans découvert dans le sol gelé de Sibérie").

[5] Peut-être pas tout à fait dans la mesure où il semblerait que subsiste en chacun de nous (du moins chez les individus actuels non africains) une part néandertalienne qui certes ne représenterait plus actuellement et au mieux que quelques pourcents de notre patrimoine génétique mais qui prouve néanmoins que les deux espèces (ou sous-espèces) se sont hybridées et qu’elles étaient ainsi interfécondes dès lors qu’elles se sont rencontrées.

[6] L’interstade en question sépare deux phases de maximum glaciaire, les pléniglaciaires würmiens inférieur et supérieur qui respectivement s’étendirent de - 70 000 ans à - 50 000 ans et de - 30 000 ans à - 10 000 ans. Ainsi cet âge de - 45 000 ans coïncide-t-il avec le quart inférieur de cet interstade dénommé interpléniglaciaire würmien, également qualifié de Würmien moyen ou de Würm III.

[7] Une analyse de l’ADN mitochondrial extrait d’une phalange d’un enfant en provenance de la grotte de Denisova, située dans les montagnes de l’Altaï, au sud de la Sibérie, a permis de définir l’hominidé de Denisova comme ayant un ancêtre commun avec l’homme anatomiquement moderne et avec l’homme de Néandertal, datant d’environ 1 million d’années. Les premiers représentants de cette espèce distincte seraient arrivés d’Afrique par une voie différente de celle des pré-Néandertaliens et des hommes modernes (voir l’article intitulé : "Genetic history of an archaic hominin group from Denisova Cave in Siberia", par D. Reich et al. (2010), Nature, 468, 710-722, DOI : 10.1038/nature09710, en accès libre).

[8] Il y a peu de temps encore, on pensait que les premiers américains, porteurs de la culture Clovis (en référence au site éponyme situé au Nouveau-Mexique et où fut exhumée pour la première fois une industrie lithique comportant des pointes caractéristiques dites de Clovis ainsi que d’autres outils spécifiques en ivoire et en os), étaient venus d’Asie par le détroit de Béring vers - 13 000 ans avant le présent (d’après les datations obtenues sur le site en question). Ils auraient franchi ce détroit peu après une période de réchauffement ayant débuté vers la fin de la dernière période glaciaire, détroit offrant alors un passage dans la mesure où le niveau de l’océan était à cette époque plus bas d’environ une centaine de mètres par rapport au niveau actuel, formant un pont de terre émergée entre la Sibérie et l’Alaska, accessible à pied sec. La culture Clovis fut longtemps considérée comme étant la plus ancienne du continent américain mais des indices de plus en plus probants d’une occupation antérieure apparaissent aujourd’hui. Certains auteurs envisagent même de dorénavant faire remonter le premier peuplement de l’Amérique à une date beaucoup plus ancienne (vers - 50 000 ans ou - 60 000 ans avant le présent), bien que de telles suppositions soient encore très controversées actuellement. Sans devoir repousser aussi loin, des études récentes indiquent que des régions situées dans la partie méridionale de l’Amérique du Nord, notamment en Floride, étaient occupées environ 2 000 ans plus tôt que le site Clovis (soit vers 15 000 ans avant le présent), ses habitants coexistant avec la mégafaune de l’époque qui comportait entre autres des mastodontes dont la disparition était cependant annoncée puisqu’elle intervint quelques milliers d’années plus tard (voir notamment l’article intitulé : "Pre-Clovis occupation 14,550 years ago at the Page-Ladson site, Florida, and the peopling of the Americas", par J. J. Halligan et al. (2016), Science Adv., 2 (5), e1600375, DOI : 10.1126/sciadv.1600375, en accès libre.).

[9] En effet, sont souvent exhumées parmi ces ossements des pointes de lances en silex, dénommées "pointes de Clovis", s’agissant de celles retrouvées en Amérique et qui en seraient spécifiques. Ainsi, a-t-il été envisagé que les hommes de l’époque étaient en mesure de pratiquer des battues, traquant les mammouths et tuant des dizaines d’individus à la suite. Une interrogation subsiste néanmoins en ce sens que l’on peut imaginer que ces pointes de Clovis auraient pu servir à dépecer les animaux une fois tués plutôt qu’à les abattre. L’étude présente semble en faveur d’une mise à mort par le biais de lances et/ou de sagaies. Ainsi, d’autres auteurs envisagent l’utilisation de procédés de piégeage, soit dans des marécages où les bêtes s’enlisaient et devenaient beaucoup plus vulnérables, trouvant la mort après avoir été lardées de coups de lances, soit dans des zones spécialement aménagées à cet effet. Pour autant, ces pratiques devaient nécessiter un grand nombre de participants, ce qui fit dire à certains qu’il était en fin de compte assez peu vraisemblable que les hommes aient organisé de telles battues, les populations de l’époque étant probablement réparties en petits clans isolés et les traqueurs nécessaires pour mener à bien de telles opérations en nombre trop insuffisant la plupart du temps. Selon ces auteurs et à propos du mammouth en particulier, une chasse intensive ne saurait ainsi expliquer l’extinction massive de l’espèce à la fin de la dernière glaciation.

[10] Voir sur notre site l’article intitulé : "Une nouvelle hypothèse pour expliquer la disparition des mammouths" préconisant l’intervention d’une acidification des sols vers la fin de la dernière période glaciaire et celle d’un lessivage de ces derniers dû à l’augmentation des précipitations accompagnant la déglaciation, phénomènes responsables d’une désalinisation à l’origine de carences en certains nutriments chez les représentants de la mégafaune eurasienne et tout particulièrement le mammouth laineux, entraînant chez lui des pathologies qui auraient accéléré sa disparition.

[11] Voir en particulier l’article intitulé : "Late Quaternary extinctions : stade of the debate", par P. Koch et A. D. Barnosky (2006), Annu. Rev. Ecol. Evol. Syst., 37, 215-250, DOI : 10.1146/annurev.ecolsys.34.011802.132415 (en accès libre), ainsi que l’article intitulé : "Global late Quaternary megafauna extinctions linked to humans, not climate change", par C. Sandom et al. (2014), Proc. R. Soc. (B), 281 : 20133254, DOI : 10.1098/rspb.2013.3254 (en accès libre).

[12] L’extinction de l’Holocène, nommée aussi sixième extinction ou extinction de l’Anthropocène, correspond à l’extinction étendue et massive des espèces, tant animales que végétales, durant l’époque contemporaine (dite moderne) de l’Holocène, notre interglaciaire actuel, celle-ci se poursuivant ainsi aujourd’hui. Dans un sens plus large, elle inclut la disparition notable des grands mammifères (la mégafaune de l’époque) vers la fin de la dernière glaciation, entre environ 15 000 ans et 11 000 ans avant le présent. Depuis le début du XIXe siècle et en accélération constante à partir des années 1950, les disparitions concernent des espèces de toutes tailles et se produisent principalement au sein des forêts tropicales humides (en raison de la déforestation notamment), caractérisées par une biodiversité importante. On observe en fait un continuum d’extinctions depuis environ 13 000 ans et à ce titre, la vague d’extinctions actuelle, intervenant depuis le milieu du XXe siècle, s’inscrit dans la continuité de cette première phase et n’en constituerait qu’une accélération. Le taux d’extinction actuel a été évalué comme étant de l’ordre de 100 à 1 000 fois supérieur au taux moyen naturel constaté au cours de toute l’histoire de l’évolution, prenant en compte les grandes phases d’extinctions massives antérieures (au nombre de cinq), non engendrées par l’homme cette fois-ci, puisqu’il était encore bien loin d’être présent sur Terre aux époques concernées. Ces dernières furent aussi beaucoup plus étalées dans le temps, couvrant généralement des centaines de milliers d’années, voire des millions d’années, comparées à l’extinction massive actuelle dont le déroulement serait considérablement plus rapide, intervenant sur une durée qui serait plutôt de l’ordre de la centaine d’années (pour plus d’informations sur l’origine de tels événements apocalyptiques ayant profondément marqué l’histoire de la biosphère et les processus évolutifs leur ayant succédé, voir la rubrique "Les grandes crises biotiques et leurs causes physiques", par Eric Buffetaut de l’Ecole Nationale Supérieure de Paris, au sein du dossier thématique Sagascience du CNRS "Evolution").

Situer cette recherche