Les infirmières dans l’Arctique québécois : une intégration professionnelle de l’extrême

Publié le 28.12.2020 - Article de Serge Perrot et Céleste Fournier du 20/11/2020 sur The Conversation France

À l’heure où les hôpitaux approchent d’une saturation de leurs capacités, il est fort probable que de nombreuses infirmières soient appelées en renfort, notamment dans les services de réanimation. Dans un contexte sous tension, nous nous sommes demandé comment elles arrivaient à s’adapter et à prendre leurs marques une fois en situation

L’exemple des infirmières travaillant dans les villages inuits de l’Arctique québécois que nous avons suivies lors d’un travail de thèse, est à ce sujet éclairant. En effet, elles offrent des soins infirmiers classiques mais doivent aussi gérer de nombreuses situations d’urgence et de traumatologie.

Les 5 stratégies d’onboarding

Parce que le rôle de l’organisation est assez faible, l’essentiel de l’onboarding (ou capacité à s’intégrer et à tenir son rôle dans une organisation) repose sur les infirmières elles-mêmes. Nous avons observé cinq objectifs essentiels que les infirmières tentent d’atteindre, que nous qualifions de stratégies d’onboarding. Les deux dernières sont particulièrement saillantes dans ce contexte extrême et rarement mises en avant jusqu’ici.

Apprendre son rôle

La première stratégie vise de manière naturelle l’apprentissage du rôle, principalement dans sa dimension technique. Plusieurs pratiques sont associées à cette stratégie comme lire (« il a fallu apprendre par certains livres ou manuels »), demander (« les autres infirmiers étaient très ouverts, ça leur faisait plaisir de répondre à mes questions »), valider (« on cherche l’opinion des autres pour valider les nôtres »), suivre les attentes des autres (« c’est elle une [infirmière] qui va gérer. Je vais faire ce qu’elle me demande de faire pour l’aider et la soutenir »), et observer (« je regardais l’autre infirmière [d’expérience] agir avec elle et j’ai un peu essayé de copier son approche par mimétisme »).

Ce qu’il est intéressant d’observer, c’est qu’au-delà de l’apprentissage technique du rôle, le changement du contexte social crée le besoin de découvrir, de comprendre le fonctionnement de la communauté avec laquelle les infirmières interagissent (« je vais à l’église, je discute avec les Inuit, je vais pêcher avec eux, je me fais un devoir de tout goûter. J’essaie de m’intégrer à mon village »).

Aménager son rôle

L’apprentissage n’étant pas toujours suffisant pour faire face aux situations rencontrées, des tentatives d’aménagement du rôle sont mises en place en répartissant le travail selon les compétences disponibles (« ça m’est arrivé de ne pas me sentir à l’aise [avec un patient], l’autre infirmière a pris les choses en main »), en modifiant une répartition classique des rôles notamment avec les médecins (« avec le médecin, tu peux suggérer des choses, ils te laissent aller, on a de la latitude »), ou encore en changeant les procédures de travail (« beaucoup d’Inuit ne mangent pas trois fois par jour. Alors pour les diabétiques, leur demander de manger trois fois par jour et de prendre des collations, ça n’a pas de sens. Alors, on regardait les guidelines et on se disait : qu’est-ce que cette patiente est capable de faire ? »)...

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