Les morses et le réchauffement climatique : un risque sanitaire accru pour les hommes de l’Arctique ?

Publié le 12.02.2008

Les morses, comme beaucoup d’animaux de l’Arctique, sont affectés par le recul de plus en plus important de la banquise en été, les contraignant à changer d’habitat et de régime alimentaire. Ce n’est pas sans risque pour la santé des populations locales inuites.

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Les morses font partie de l’alimentation traditionnelle des peuples autochtones de l’Arctique. Ils sont connus pour être régulièrement infectés par un ver parasite : Trichinella nativa. Sans conséquence pour la santé des animaux, les trichines sont responsables d’une maladie chez l’homme : la trichinellose [1]. Chez les Inuits, les épidémies de trichinellose sont dues à la consommation de viande de morse crue, et sont favorisées par le partage au sein de la communauté de la chair de ces animaux de grande taille, dépassant souvent la tonne.

Dans la revue Journal of Parasitology, une équipe de biologistes et de médecins américains suggère que le suivi de l’état d’infestation des morses du Pacifique pourrait constituer un indicateur pour mesurer un impact indirect du réchauffement climatique : le risque sanitaire d’épidémies de parasitose dans les villages inuits.

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Morses du Pacifique en mer de Bering
Source : Labunski, Liz - USFWS IRM Alaska Region

Les morses du Pacifique vivant le long des côtes de l’Alaska et de la Sibérie orientale, en mer de Béring et en mer des Tchouktches, sont très touchés par la réduction de la surface estivale de la banquise qui a perdu plus de 40% de sa superficie depuis 1979 [2].

Ces animaux sont particulièrement dépendants de la banquise. Ils passent une grande partie de l’année sur les plate-formes de glace dérivant sur de vastes étendues d’eaux peu profondes, d’où ils plongent plusieurs fois par jour pour se nourrir. Leur alimentation est composée essentiellement de coquillages et de crustacés qu’ils prélèvent à des profondeurs n’excédant pas une centaine de mètres.

Or, depuis quelques années, la limite sud des glaces en été dans la mer des Tchouktches se retrouve dans des zones où la profondeur excède les 100 mètres. Contraints d’aller prélever leur nourriture de plus en plus loin en mer, dans des zones de plus en plus profondes de l’océan Arctique où leurs proies favorites se font plus rares, les morses sont obligés de changer d’alimentation, et se nourrissent plus fréquemment de poissons, de phoques, voire de cadavres abandonnés par d’autres prédateurs.

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Chaque été, la surface de la banquise diminue.
Crédit : Hugo Ahlenius
UNEP/GRID-Arendal

Cette modification de leur régime alimentaire, en particulier la consommation de restes laissés par d’autres prédateurs de l’Arctique, est un facteur de risque important, les ours polaires étant eux aussi souvent contaminés par les trichines.

Ainsi, les auteurs préconisent la mise en place d’un programme de surveillance sanitaire de ce parasite dans les colonies de morses des côtes de l’Alaska. Ils proposent d’y associer les communautés inuites directement concernées par la consommation de ces mammifères marins.

Alain Zasadzinski, INIST-CNRS

[1]La trichinellose (aussi appelée trichinose) est une zoonose (maladie transmise par les animaux) qui se manifeste par des fièvres, des douleurs abdominales et musculaires, des diarrhées, des oedèmes de la face et des allergies. Elle peut laisser des séquelles neurologiques et musculaires, voire entraîner exceptionnellement la mort.
Elle est causée par les trichines, petits vers mesurant 1,5 mm. Elle se transmet par la consommation de viande crue ou peu cuite, infestée de larves.
Trichinella nativa est une espèce de trichine trouvée en Amérique du Nord et adaptée aux régions climatiques froides, infestant les carnivores sauvages tels que les ours et les morses. Elle se distingue par sa résistance à la congélation : les larves de ce ver peuvent survivre plusieurs années dans la viande congelée et résister plus de douze mois à des températures inférieures à -15 °C.
Pour plus d’informations sur la trichinellose :

[2]Pour plus d’informations, voir le dossier de presse sur le site du CNRS : Le programme Damoclès et l’océan glacial Arctique en phase de déglaciation.

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