Naissances prématurées chez les Inuits et les Premières nations du Québec

Publié le 24.07.2012

Même dans des pays développés comme le Canada ou les États-Unis, les populations autochtones présentent un risque plus élevé de naissances prématurées que le reste de la population.

C’est une situation préoccupante, dans la mesure où les naissances avant terme, dans les pays industrialisés, rendent compte de 75% de la mortalité périnatale générale et présentent souvent des séquelles à long terme, telles que handicaps, troubles neurologiques, déficiences intellectuelles...
Dans bien des pays, leur taux s’est accru dans les dernières décennies, mais on sait peu de choses des tendances récentes (après l’an 2000).

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Mères inuites et leurs bébés
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C’est dans ce cadre que les auteurs de cette étude, à partir de l’analyse de l’ensemble des certificats de naissance délivrés de 1981 à 2008, ont tenté d’évaluer les taux de prématurité chez les Inuits et les Premières nations de la province du Québec, par rapport au reste de la population (anglophone et francophone).

Si l’évolution de ces indicateurs est bien documentée pour les régions peuplées majoritairement d’autochtones, on sait par contre peu de choses concernant les Inuits vivant hors de ces zones. C’est pourquoi, afin de prendre en compte ces derniers, un deuxième indicateur du statut autochtone a été considéré dans cette enquête, en plus du lieu de résidence : la langue parlée.

Définissant la prématurité comme une naissance à un âge gestationnel [1] inférieur à 37 semaines, les auteurs ont constaté des risques plus importants de naissance précoce dans les régions majoritairement peuplées d’Inuits, et chez les locuteurs inuits du reste du Québec, par rapport aux populations francophones/anglophones.
Sur la période étudiée, ces disparités ont persisté, ou ont connu une légère baisse. Par contre, leur augmentation a été sensible dans le cas des Premières nations.

Dans les zones de peuplement inuit, le risque d’accouchement prématuré était plus important chez les francophones et les anglophones que chez les Inuits, mais sans que l’on puisse faire la part, parmi les premiers, entre non-Inuits et Inuits acculturés à la société occidentale (donc moins protégés par les facteurs liés au mode de vie traditionnel, et plus exposés à des facteurs de risque tels que tabagisme, stress, violence domestique...).

Par rapport aux périodes précédentes, la tendance globale reste donc constante : les risques les plus élevés de naissance avant terme s’observent dans les régions de peuplement inuit, et parmi les locuteurs de la langue indigène dans le reste du Québec.
Mais les facteurs responsables de ces disparités restent à approfondir, afin de cibler les efforts de prévention, parmi les populations inuites et du Grand Nord.

Laurent Panes, INIST-CNRS

[1]Nombre de semaines écoulées depuis les dernières menstruations de la femme enceinte.

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