Nourris au CO2, les plus petits organismes du plancton se développent aux dépens des plus grands

Publié le 25.09.2013 - INSU-CNRS - 13/09/2013

Les plus petits organismes planctoniques vont-ils déterminer le futur des océans ? Une expérience menée par le projet européen EPOCA coordonné par Jean-Pierre Gattuso du Laboratoire d’océanographie de Villefranche (LOV/OOV, CNRS / UPMC) a montré que le pico- et le nanoplancton prospèrent en cas d’augmentation de la concentration en dioxyde de carbone (CO2) dans l’eau de mer, provoquant un bouleversement de la chaîne alimentaire. Deux processus intervenant dans la régulation du climat sont également affectés : l’exportation de carbone vers l’océan profond et la production de sulfure de diméthyle, un gaz qui contrecarre l’effet de serre. Un volume spécial de la revue Biogeosciences présente les résultats de cette étude menée en Arctique par une équipe impliquant principalement des chercheurs de l’Institut GEOMAR, du CNRS et de l’UPMC(1), avec le soutien de l’Institut polaire français (IPEV).

Depuis 1800, environ le tiers des émissions de CO2 dues aux activités humaines a été absorbée par les océans (ce qui équivaut chaque année à 1 tonne de CO2 par personne). Cette absorption entraîne une acidification des océans qui a été pendant quatre ans l’objet d’étude du projet EPOCA (European project on ocean acidification). Lancé en 2008 et coordonné par Jean-Pierre Gattuso, chercheur CNRS au LOV, EPOCA a rassemblé plus de 160 chercheurs de 32 institutions européennes. L’une des expériences phare d’EPOCA s’est déroulée dans l’océan Arctique en 2010 durant cinq semaines. Pourquoi l’Arctique ? En raison de la basse température de ses eaux, cet océan absorbe davantage de CO2 que les autres. L’acidification y est donc plus rapide que dans les régions tempérées et tropicales. De plus, il était important de réaliser cette expérience in situ afin de bien prendre en compte les liens existants entre organismes au niveau d’une communauté (compétition, prédation…) et de confronter ces résultats à ceux des études menées en laboratoire.