Nouveau modèle de soins médicaux en Alaska

Publié le 22.02.2008

Avec le transfert en 1998 de la gestion de l’Alaska Native Medical Center aux organisations autochtones, celles-ci ont directement pris en charge leur système de santé. Douglas K. Eby, membre de l’une des ces associations, analyse les changements intervenus depuis lors.

L’Alaska Native Medical Center (ANMC) d’Anchorage fournit tout un éventail de services médicaux aux populations natives d’Alaska (Arctique). Auparavant géré par l’Indian Health Service (IHS) – organisme fédéral pour l’ensemble des populations amérindiennes – l’ANMC constitue le premier niveau de contact des patients avec le système de santé.

Sous l’administration de l’IHS, certaines innovations ont vu le jour, dont le Community Health Aide Program. Ce dernier a permis notamment l’intervention, dans des villages éloignés, de professionnels de santé dépendants de centres médicaux régionaux, eux-mêmes gérés par l’ANMC.

Cependant ce système présentait plusieurs inconvénients. Centré sur les équipes et les structures médicales, il cantonnait la personne dans un rôle passif. Sa famille était le plus souvent laissée de côté. Le patient voyait pratiquement à chaque consultation un praticien différent, entraînant souvent des contradictions dans les messages.

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Siège de l’Alaska Native Tribal Health Consortium (ANTHC) à Anchorage. Cet organisme co-gère le système de santé pour 130 000 personnes en Alaska.
Photo : elliottcable - Certains droits réservés - Licence Creative Commons

Depuis 1998, la tutelle de l’IHS a cédé la place à une gestion conjointe entre l’Alaska Native Tribal Health Consortium et la Southcentral Foundation.

La transformation entreprise a favorisé une réorientation du système autour de l’individu, de la famille et de la culture, en se penchant sur des questions telles que l’alimentation, l’exercice physique, le tabagisme, l’alcoolisme, la toxicomanie, l’amour-propre, l’honneur et la dignité.

Dans le nouveau système, chaque famille est rattachée à une maison médicale clairement identifiée. Les barrières (de temps, de lieu, de langage, de culture, d’attitude...) sont dans la mesure du possible supprimées. Les personnes doivent pouvoir consulter quand et comme elles le souhaitent : en groupe, individuellement, par téléphone, par courrier électronique et avec qui elles veulent.

Pour les cas où les besoins excèderaient les capacités de la maison médicale à fournir des soins adaptés, d’autres parties du système ont été prévues selon une approche cohérente, planifiée et intégrée. Ainsi, les situations de crise sont prises en charge par un centre de soins d’urgence et une équipe médico-sociale spécialisée. Lorsqu’il y a recours à une hospitalisation (en service de chirurgie ou pour une consultation spécialisée), tout est fait alors pour assurer un retour en maison médicale le plus rapidement possible. Les malades chroniques bénéficient d’une prise en charge spécifique et d’un suivi à domicile. Pour la plupart de ces personnes, la maison médicale est restée la même. Des équipes et des annexes ont été créées afin de fournir des soins plus approfondis : programmes pour les personnes âgées fragiles, les jeunes à risque ou les malades chroniques.

Certains indicateurs viennent apporter un premier bilan de ces modifications. Depuis 1998, l’utilisation du service et des soins d’urgence a diminué de 40 à 50%. Les visites pour les soins spécialisés ont quant à elles diminué de 65% et les soins de santé primaire de 20%. Le nombre d’hospitalisations et leur durée ont baissé de 20 à 30%, tout comme les admissions pour certaines maladies chroniques, comme l’asthme infantile.

Toutefois, une réflexion sur les critères d’évaluation et d’efficacité de ces changements reste encore à mener. Les indicateurs habituels sont limités et basés sur un ensemble de valeurs au mieux incomplètes. Il faudrait y ajouter des mesures de bien-être, de souci de soi et de succès dans la poursuite de buts personnels de santé. Des mesures qui doivent être facilement compréhensibles par les individus et leurs familles.

Laurent Panes, INIST-CNRS

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